fbpx Skip to content

Ile Durable

Le lagon sud-est de Maurice retrouve ses couleurs

October 17, 6:30 am

Alors que l’été pointe son nez, le lagon du sud-est de l’île Maurice a retrouvé les nuances turquoise qui en font un paradis touristique. Un peu plus de deux mois après le naufrage du vraquier japonais battant pavillon panaméen, MV Wakashio, les efforts déployés par les citoyens et les autorités portent leurs fruits et bientôt les images de d’hydrocarbures ne seront plus qu’un mauvais souvenir, espèrent les habitants de la région durement affectés par cette catastrophe.

Les poissons sont revenus

Mahébourg a été l’endroit le plus affecté par le déversement d’hydrocarbures. Aujourd’hui, sur le front de mer où des milliers de Mauriciens s’étaient donnés rendez-vous pour construire les « booms », ces barrages flottants artisanaux, tout est calme et seuls quelques joggeurs trouble le silence en ce vendredi matin. Sur la jetée, Edmond Chavry, un pêcheur de 67 ans regarde les eaux cristallines. Des bancs de poissons « lamam » viennent animer le lagon. « Les poissons sont revenus. Le lagon de Mahébourg a toujours été poissonneux. Regardez ces deux grosses carangues. Ils vont se repaître de ces petits lamams », nous explique-t-il. Dans la minute qui suit les prédateurs se donnent à cœur joie.

Jean Garett est photographe et habite une maison située juste en face du lieu du naufrage. Elle n’a rien raté depuis le début et témoigne de l’amélioration de la situation. « Il n’y a aucun signe de pétrole et nous voyons beaucoup d’oiseaux marins, de poissons et d’étoiles de mer. Je n’ai rien vu de mort sur la plage ». A quelques centaines de mètres de chez elle se trouve l’île aux Aigrettes une île inhabitée de vingt-six hectares formant une réserve naturelle de Maurice avec des espèces rares animales ou florales endémiques. Les oiseaux endémiques, les chauves-souris et reptiles qui avaient été mis à l’abri à Mahébourg et à Rivière Noire ont ramenés sur l’île, ainsi que les plantes endémiques.

« Si la surface de la mer paraît propre et normale, les analyses qui nous ont été communiquées démontrent que les résidus pétroliers sont toujours présents dans l’eau du lagon, mais diminuent à mesure que le temps passe », indique un porte-parole de la Mauritius Wildlife Foundation qui s’occupe du programme de préservation. L’île sera bientôt réouverte pour les excursions ajoute-t-il, la date étant soumise à l’aval des autorités.

Pour autant, la pêche et la consommation de produits du lagon sud-est restent interdites, selon un communiqué du ministère de la Pêche. Il faudra attendre des mois, voire des années, pour que cela soit possible, soupire le Edmond.

Heureusement, le reste de l’île n’a pas été touché selon les spécialistes étrangers venus aider à la gestion de la catastrophe maritime. « L’impact de la marée noire est localisé dans la région sud-est de l’île, sur 10 à 12 kilomètres de côtes. Les 310 kilomètres de côtes et de plages restants n’ont pas été touchés », explique Mathew Sommerville, expert de l’Organisation internationale maritime (IMO), agence des Nations Unies pour la sécurité et la sûreté des transports maritimes et la prévention de la pollution marine et atmosphérique par les navires.

Au lendemain du déversement d’hydrocarbure, soit le 6 août, et treize jours après le naufrage du MV Wakashio, des milliers de Mauriciens ont tressé des barrages flottants en paille de canne et tissu pour tenter de bloquer la nappe. D’autres, munis de masques et gants en caoutchouc ont ramassé à l’aide de pelles et de seaux les produits échappés du navire. Un effort qui aura permis de limiter la catastrophe et de faciliter le travail des dépollueurs venus de France quelques jours après, notamment de la compagnie Le Floch dépollution, située en Bretagne et spécialisée dans ce type d’opération.

Pour Erwan Stefan, spécialiste de la compagnie française que nous avons rencontré à Bois des Amourettes, à 10 km de Mahébourg, la catastrophe n’est pas comparable à celles auxquelles il a pu faire face dans d’autres pays du monde et notamment dans sa région de Bretagne. Saluant le travail des volontaires, il explique que désormais tout le fioul en surface a été enlevé et il reste maintenant quelques mangroves et surtout une certaine quantité de fioul qui a infiltré la vase dans quelques endroits. « C’est un travail minutieux qui prend beaucoup de temps. Nous faisons environ une vingtaine de mètres par jour et nous avons six équipes qui travaillent de 7 h 30 à 16 h 30 du lundi au samedi ».

Ces équipes sont constituées de personnes habitant la région et qui étaient engagées dans la mer comme pêcheurs ou skipper. Sous les ordres des dépollueurs français, ils nettoient les surfaces grâce à une technique développée par Le Floch Dépollution. « Nous injectons de l’eau de mer pompée sur la vase. Cela fait remonter l’huile qui est alors récupérée et ramenée à terre et déversée dans des tanks. C’est une technique qui a fait ses preuves et qui marche ici également ».

Une autre compagnie internationale, Polyeco, présente à Maurice depuis 2016, est aussi engagée dans le nettoyage du littoral. Une équipe était à pied d’œuvre au nord de Mahébourg. D’anciens employés de l’hôtellerie comme Gregory s’attelaient à nettoyer la mangrove. « C’est un travail fastidieux mais c’est bien pour nous qui n’avons pas de travail car le tourisme est au point mort. Et puis, nous aidons à embellir notre pays pour que les visiteurs et les locaux puissent de nouveau jouir de notre paradis », déclare-t-il. Rikesh, un ancien collègue de Gregory rencontré que le site le plus éloigné, à Anse Jonchée, abonde dans le même sens. « Il faut tout faire pour que le littoral redevienne comme avant. Nous y sommes presque. La situation n’est pas aussi noire qu’on a voulu le faire croire. Il y a eu beaucoup d’exagération sur la situation ce qui a fait un tort immense à la destination ».

Un constat que partage Patrick, un boutiquier très connu à Mahébourg, ou se rencontrent pratiquement tous les gens du littoral sud-est, surtout les jours de marché. « Il y a eu une politisation à outrance de cette catastrophe par des gens hors de la région. Quand je parle à mes clients, ils me confient leur déception car l’image de Mahébourg et de Maurice a été salie alors que cet accident aurait pu arriver n’importe où. Mais les gens ont confiance. Cela a été une année difficile avec le Covid-19 mais la nature reprend toujours ses droits. Regardez le lagon a retrouvé ses belles couleurs et bientôt, le pays aussi redeviendra le paradis qu’il a toujours été ».

Ile Durable

Show Your Support

Partager sur facebook
Facebook
Partager sur whatsapp
WhatsApp
Like it