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Culture

Art contemporain : regard sur le phénomène du Street Art à Maurice

May 22, 9:57 am

Maurice est une île de couleurs, à la nature luxuriante où le camaïeu de bleu de la mer rivalise avec les nuances de vert des forêts et des champs tapissés de canne à sucre et où le ciel s’embrase à chaque tombée du jour. L’architecture n’est pas en reste. Les maisons créoles aux toits rouges flamboyants ont aujourd’hui cédé la place à des structures en béton. Si dans les campagnes, celles-ci sont souvent colorées, dans les centres urbains, les murs sont souvent d’un blanc immaculé quand ils ne sont pas gris. Face à cette monotonie, à des paysages de plus en plus vidés d’expression et d’émotions, un courant artistique revendique le droit à la couleur et à la vie. Des fresques pochoirs, des graffitis, des mosaïques, des sculptures, des installations, et même parfois des projections, peuplent le paysage urbain.

L’humain a toujours eu une relation artistique, voire esthétique, avec les murs qui l’entourent. À travers les âges, que ce soit les hommes des cavernes gravant leur histoire, les enfants laissant libre cours à leur imagination avec des crayons de couleur, les fresques de l’Antiquité ou encore les boutiques locales ornant leurs bâtiments de formes et de peintures, l’humanité semble toujours avoir été animée par cette impulsion de donner vie à ces surfaces souvent trop austères. Malgré tout, les racines de l’art de rue tel que nous le connaissons aujourd’hui remontent aux États-Unis dans les années 1960. Subversif, il a ensuite bien sûr évolué, pris plus d’ampleur, et est aujourd’hui reconnu comme une expression artistique contemporaine dont les fers de lance sont Bansky, Shepard Fairey ou JR (Jean-René).

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Pour ce qui est de l’île Maurice, le street art semble absorber divers éléments du paysage local, dont d’une part la faune et la flore indigènes, l’environnement, ou encore la diversité culturelle propre au territoire. Nous retrouvons aussi des sujets plus sérieux empreints de politique, de situations socioculturelles, économiques, voire historiques. Cependant, cet art, souvent considéré comme choquant ou provocateur, ne revêt pas ces mêmes caractéristiques sur l’île. À travers le talent des artistes, nous découvrons des dénonciations aux échos pacifistes, des odes à la beauté de l’île, des tentatives d’émouvoir, et des impulsions créatrices cherchant à marquer cet espace insulaire d’une identité artistique ou à captiver le regard. Il est aussi intéressant de noter que l’est de l’île est pauvrement habillé de ce type d’art, le nord déborde quant à lui de fresques, l’ouest connaît également une effervescence prononcée tandis que le sud commence tout juste à bourgeonner en matière d’art mural et autres types de street art.

Et si vous passez par la rue Remy Ollier à Port Louis, c’est l’œuvre de Shelvina Venethatan (Shelvi) que vous aurez la chance de contempler. Cette jeune artiste explique que c’est d’une part son engouement pour les projets artistiques d’envergure qui l’a attirée vers le street art, car celui-ci permet un plus grand canevas pour s’exprimer. Elle révèle d’ailleurs ne pas se fier à trop de calculs ni s’adonner à d’incessantes analyses pour approcher ce type de travail. Pour la jeune femme, c’est surtout une question d’intuition et de communion avec l’espace qu’elle s’approprie pour l’œuvre. « Les possibilités qu’offre une toile aussi grande que l’espace extérieur sont presque aussi immersives que les sujets de mes œuvres, qui sont souvent de grande taille, voire plus vrais que nature. Travailler en plein air permet également à l’artiste de se faire connaître tout en proposant un monde créatif dans lequel le grand public peut s’immerger et expérimenter quelque chose  d’inédit et d’inattendu», affirme Shelvi.

Pour cette dernière, l’art de rue à Maurice prend vie à travers le multiculturalisme et la diversité ethnique qui enrichissent l’écosystème local. La jeune femme explique que de nombreux artistes à travers le temps ont eu l’occasion d’exprimer leurs pensées, leurs sentiments, et leur imagination à l’ensemble de la communauté mauricienne, ce qui souligne la capacité unificatrice et communicative du street art. Maurice est ainsi pour elle un terrain de jeu artistique qui abrite une infinité de possibilités. « L’art de rue a le pouvoir de communiquer des messages sociaux ou politiques, de déclencher des discussions ou des réactions, ou même d’amplifier la beauté et la force des souvenirs des spectateurs tout en élargissant leur horizon. S’entourer d’art, de poésie, et de littérature favorise sans aucun doute des mentalités positives et contribue au développement culturel des individus, c’est aussi le cas pour le street art. Selon moi, l’art est synonyme d’empathie, de compassion, de bonté, d’authenticité, de passion et, surtout, d’amour, c’est au final tout cela qui est transmis à travers l’art de rue », conclut-elle.

 

De son côté, l’artiste Baba Gaïa, qui explore en dichotomie l’extérieur et l’intérieur des bâtisses, dévoile que pour elle, l’art de rue est un outil puissant permettant d’apporter une énergie et une joie inspirées de sa connexion à l’île Maurice et à l’île de la Réunion dans les espaces publics. « Avec ce type d’art, je m'efforce d'être accessible, de démystifier le processus artistique tout en ayant un impact positif. C'est là toute la magie de l'art mural : il peut embellir n'importe quel espace, favorisant un sentiment de joie et de connexion, tout en ouvrant sur des conversations et de nouvelles communautés, peu importe l'endroit où l'on se trouve », affirme-t-elle.

Pour commenter le caractère éphémère du street art, qui demande souvent des efforts titanesques afin de prendre vie et qui finit éventuellement par disparaître, Baba Gaïa souligne : « Même si une peinture murale n’est pas éternelle, elle ajoute un élément dynamique au paysage urbain, en constante évolution. Cela encourage les spectateurs à apprécier l’art dans l’instant, favorisant le sens de l’attention. Cela permet également à de nouveaux artistes et à de nouvelles idées d’émerger, rendant le médium d’autant plus passionnant. Il y a de la beauté dans l’impermanence et cela nous rappelle qu’il faut chérir l’art que nous rencontrons dans les espaces publics ». D’autre part, l’artiste décrit son expérience avec le street art comme une danse constante entre sa vision artistique, les défis techniques et une bonne dose de prise de risque, le tout alimenté par la passion de transformer les espaces en toiles vibrantes.

 

A look at the Street Art phenomenon in Mauritius

Mauritius is an island of colours, with its luxuriant natural environment, where the blue of the sea rivals the shades of green of the forests and the fields carpeted with sugar cane, and where the sky lights up every day at dusk. The architecture is not to be outdone. Creole houses with flamboyant red roofs have now given way to concrete structures. While these are often colourful in the countryside, in urban centres the walls are generally immaculate white, if not grey. Faced with this monotony, with landscapes increasingly devoid of expression and emotion, an artistic movement is claiming the right to colour and to life. Stencil frescoes, graffiti, mosaics, sculptures, installations, and even projections are abundant in the urban landscape.

Human beings have always had an artistic, even aesthetic, relationship with the walls that surround them. Throughout the ages, whether it is cavemen engraving their history, children giving free rein to their imagination with coloured crayons, the frescoes of Antiquity or local shops adorning their buildings with shapes and paintings, humanity seems to have always been driven by this impulse to give life to these often too austere surfaces. Yet the roots of street art as we know it today can be traced back to the United States in the 1960s. Subversive, it has of course evolved and grown, and is now recognised as a contemporary artistic expression spearheaded by the likes of Bansky, Shepard Fairey and JR (Jean-René).

As far as Mauritius is concerned, street art seems to absorb various elements of the local landscape, including the native fauna and flora, the environment and the cultural diversity of the territory. There are also more serious subjects such as politics, socio-cultural situations, economics and even history. However, this art, often considered shocking or provocative does not have the same characteristics on the island. Through the talent of the artists, we discover denunciations with pacifist echoes, odes to the beauty of the island, attempts to arouse emotions, and creative impulses to mark this island space with an artistic identity or to captivate the eye. It is also interesting to note that the east of the island is poorly clothed in this type of art, while the north is overflowing with frescoes, the west is also experiencing a pronounced effervescence, and the south is just beginning to blossom in terms of murals and other types of street art.

And if you happen to be passing through Remy Ollier Street in Port Louis, it is the work of Shelvina Venethatan (Shelvi) that you will have the chance to contemplate. This young artist explains that it was her passion for large-scale artistic projects that drew her to street art, as it provides a wider canvas for self-expression. She says she does not rely on too many calculations or incessant analysis to approach this type of work. For the young woman, it is above all a question of intuition and communion with the space she appropriates for the work. “The possibilities offered by a canvas as large as an outdoor space are almost as immersive as the subjects of my works, which are often large, even larger than life. Working in the open air also allows the artist to gain exposure while offering a creative world in which the general public can immerse themselves and experience something new and unexpected,” says Shelvi.

For her, street art in Mauritius comes to life through the multiculturalism and ethnic diversity that enrich the local ecosystem. Shelvi explains that many fellow artists have had over the years the opportunity to express their thoughts, feelings and imagination to the entire Mauritian community, which underlines the unifying and communicative capacity of street art. For her, Mauritius is an artistic playground with infinite possibilities. “Street art has the power to convey social or political messages, trigger discussions or reactions, or even amplify the beauty and strength of viewers’ memories while broadening their horizons. Surrounding oneself with art, poetry and literature undoubtedly fosters positive attitudes and contributes to the cultural development of individuals, and this is also the case for street art. In my opinion, art is synonymous with empathy, compassion, kindness, authenticity, passion and, above all, love, all of which is ultimately conveyed through street art,” she concludes.

As for artist Baba Gaïa, who explores the dichotomy between the exterior and interior of buildings, she reveals that for her, street art is a powerful tool for bringing energy and joy inspired by her connection to Mauritius and Réunion Island into public spaces. “With this type of art, I strive to be accessible, to demystify the artistic process while having a positive impact. That's the magic of mural art: it can embellish any space, fostering a sense of joy and connection, while opening up conversations and new communities, no matter where you are,” she says.

Commenting on the ephemeral nature of street art, which often takes titanic efforts to bring to life and eventually disappears, Baba Gaïa points out: “Even if a mural is not eternal, it adds a dynamic element to the ever-changing urban landscape. It encourages viewers to appreciate art in the moment, fostering a sense of attention. It also allows new artists and ideas to emerge, making the medium all the more exciting. There is beauty in impermanence and it reminds us that we must cherish the art we encounter in public spaces.” On the other hand, the artist describes her experience with street art as a constant dance between her artistic vision, technical challenges and a healthy dose of risk-taking, all fuelled by a passion for transforming spaces into vibrant canvases.

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