Certaines œuvres ont le pouvoir de suspendre le temps. Les aquarelles de Yeshen Gunnoo en font partie : elles capturent l’âme de Maurice dans une lumière diaphane, où la nature devient langage et émotion. Depuis plus de trente-cinq ans, ce peintre paysagiste sillonne l’île, des routes ombragées d’Alma aux ruelles de Port-Louis, en quête d’instants de grâce à transposer sur papier.
Un cheminement intérieur vers l’art
Diplômé des Beaux-Arts du Mahatma Gandhi Institute, Yeshen ne se destinait pas d’emblée à la peinture. C’est après sa scolarité au collège Eden à Rose-Hill qu’il découvre, presque en secret, une curiosité pour la création artistique. Des expositions, des lectures, des rencontres : peu à peu, l’art s’impose à lui comme une évidence.
« Je ne peignais pas encore de paysages, mais j’avais ce besoin d’évasion, de nature, de grand air. C’est là que tout a commencé », confie-t-il.
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Ajai Daby
Port-Louis, le grand amour artistique
Ses premières explorations le conduisent naturellement vers des lieux empreints de calme et de mystère, comme le jardin botanique de Pamplemousses. Puis vient la révélation : Port-Louis, la ville de son cœur, qu’il peint avec tendresse et fascination.
« J’ai toujours eu cet amour pour la capitale, pour son patrimoine, ses gens, ses architectures. » Ce lien intime avec la ville deviendra un fil conducteur de son œuvre.
Peindre comme un dialogue avec la nature
Chez Yeshen Gunnoo, peindre n’est jamais un simple acte de représentation. C’est un dialogue.
« Quand je peins un paysage, j’ai l’impression d’être en communication avec la nature. Je pose des questions et je reçois des réponses. »
Avant de peindre une église, il s’y assied, médite, écoute. Chaque toile devient ainsi une méditation, un échange silencieux entre l’artiste et son environnement.
L’aquarelle s’impose comme le prolongement naturel de cette philosophie. Technique exigeante, elle ne pardonne pas l’erreur mais offre, en retour, une infinie liberté. « Avec peu, on peut faire beaucoup », dit-il. Sa palette restreinte et sa transparence lumineuse deviennent le reflet d’une quête intérieure : « Je vis avec transparence. L’aquarelle, c’est cela aussi : de la lumière, de la sincérité. »
Une œuvre engagée et généreuse
De sa première exposition solo à la Maison du Poète en 1994 jusqu’à ses récentes séries consacrées au Nord et bientôt à l’Est de l’île, l’artiste poursuit une œuvre patiente, habitée. Lauréat de la Brosse d’Or, il partage aujourd’hui son savoir à travers le concours Pinceau d’Or, et rêve d’initiatives inclusives ouvertes aux personnes autrement capables.
À ceux qui débutent, il livre un message empreint de foi et de simplicité :
« Il faut dépasser la peur. Les pensées sont puissantes : il faut de bonnes pensées pour créer. »
Preuve vivante qu’on peut vivre de son art à Maurice, Yeshen Gunnoo incarne cette alliance rare entre rigueur, humilité et lumière intérieure.
Yeshen Gunnoo : Watercolour as a Window to Mauritius
Some works of art have the power to suspend time. The watercolours of Yeshen Gunnoo possess this rare gift — capturing the soul of Mauritius in a play of light and transparency, where nature becomes both language and emotion. For over thirty-five years, this landscape painter has wandered across the island, from the shaded paths of Alma to the bustling streets of Port Louis, seeking moments of grace to translate onto paper.
An Inner Journey Toward Art
A graduate of the Mahatma Gandhi Institute’s School of Fine Arts, Yeshen did not initially set out to become an artist. After his years at Eden College in Rose-Hill, a quiet curiosity began to grow within him — nourished by exhibitions, readings, and encounters that would eventually guide him toward his vocation.
“I wasn’t painting landscapes yet, but I felt a deep need for escape, for nature, for open space. That’s where it all began,” he recalls.
Port Louis, a Lifelong Muse
His earliest explorations led him to peaceful, contemplative places such as the Pamplemousses Botanical Garden. But it was Port Louis that became his true muse.
“I’ve always loved the capital — its heritage, its people, its architecture,” he says. The city would go on to anchor much of his artistic journey, becoming a living subject of inspiration and memory.
For Yeshen Gunnoo, painting is never a simple act of reproduction. It is a dialogue. “When I paint a landscape, I feel as if I’m in constant communication with nature. I ask questions and receive answers.” Before painting a church, he often sits quietly, meditates, and listens. Each work becomes a meditation — an intimate exchange between the artist and his surroundings.
The Discipline and Freedom of Watercolour
Watercolour naturally became his medium of choice — both demanding and liberating.
“With little, you can do so much,” he says. His limited palette and luminous transparency mirror his philosophy of life: “I live with transparency. I don’t believe in masks or pretence. Watercolour is about light and sincerity.”
A Generous Vision of Art
From his first solo exhibition at the Maison du Poète in 1994 to his recent shows highlighting the North — and soon, the East — of the island, Yeshen continues to deepen his artistic dialogue with Mauritius. Winner of the Brosse d’Or, he also founded the Pinceau d’Or contest to introduce young people to art and dreams of inclusive projects for people with disabilities.
His message to aspiring artists is simple and luminous:
“You must overcome fear. Thoughts are powerful. Nurture good thoughts to create.”
A full-time artist for over three decades, Yeshen Gunnoo stands as living proof that one can live from art in Mauritius — with faith, discipline, and an unfailing inner light.













