Durant tout le mois d’août, le Caudan Arts Centre a ouvert ses portes à Kontanporin, une exposition collective qui a réuni une dizaine d’artistes mauriciens et mauriciennes autour d’une interrogation centrale : comment, par l’art, préserver l’essence d’une culture dans une société insulaire en mutation rapide, happée par la modernité et le matérialisme ?
L’exposition s’ouvre sur une idée forte : l’utopie est ce lieu où la nourriture spirituelle a autant d’importance que la nourriture matérielle. Chacun des artistes, avec son langage propre, son histoire et ses obsessions, rappelle que créer à Maurice aujourd’hui est un acte de résistance – non pour constituer une avant-garde élitiste, mais pour défendre la singularité culturelle de l’île face à l’uniformisation.
Depuis l’indépendance, Maurice a connu une mutation fulgurante. Ce qui a pris des siècles ailleurs s’est produit ici en un demi-siècle : de la léthargie coloniale aux smart cities, de l’ère numérique à l’intelligence artificielle. Kontanporin tente de donner sens à cette accélération, en l’ancrant dans une parole artistique où se croisent préoccupations mondiales et mémoire locale, souvent exprimées en créole.
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Ajai Daby
Ces photos permettent non seulement une sensibilisation rapide aux enjeux écologiques qui nous concernent, mais elles offrent également un aperçu du talent des différents artistes exposants. Certaines œuvres prennent des tournures esthétiques ahurissantes tout en étant profondément interpellantes, comme celles de Kendy Mangra ou de Sumeet Mudhoo. Bien sûr, chaque photo exposée enrichit l’observateur à sa manière tout en soulignant le travail essentiel des journalistes.
Parmi les œuvres marquantes, Ennri Kums déploie un univers audacieux et sensuel, entre figuration et couleur, tandis que Gaëlle Gonzalez, photographe formée à Paris, mêle documentaire et poésie visuelle pour traduire les tensions sociales et humaines. Mala Chummun Ramyead explore la mémoire et la nature : son installation Childhood Memories (Paper Boats), faite de verre brisé et de matériaux recyclés, évoque à la fois la fragilité de l’enfance et la nécessité de repenser notre rapport à l’environnement.
La gravure trouve une voix puissante avec Neermala Luckeenarain, dont les œuvres dénoncent discriminations et violences faites aux femmes. Quant à Nalini Treebhoobun, figure majeure de l’art mauricien, elle poursuit une réflexion sur l’identité collective en dialoguant avec l’histoire de l’engagisme et de l’esclavage.
L’exposition se fait également l’écho des combats d’artistes disparus, tels Firoz Ghanty (1952-2019), militant de gauche et icône de la kreolité, dont l’œuvre protéiforme a marqué durablement le paysage artistique mauricien. À leurs côtés, la nouvelle génération se fait entendre : Rishi Seeruttun interroge la fragilité humaine à travers ses toiles monumentales en denim recyclé, Michael Lalljee, « l’artiste du masking tape », transforme souvenirs et blessures de Port-Louis en matière plastique, et RYMD (Raymond Levantard) offre une peinture intuitive où gestes et couleurs deviennent danse intérieure.
Kontanporin ne revendique aucun manifeste. Elle se présente comme un espace de confrontation et de partage, où chaque œuvre reflète une facette de l’expérience mauricienne contemporaine. En interrogeant ce qui nourrit réellement une société, l’exposition nous invite à dépasser les vitrines clinquantes de la modernité et à écouter ces voix qui, avec poésie et lucidité, rappellent que « l’empereur est nu ».
Kontanporin: When Utopia Takes Shape in Mauritius
Throughout the month of August, the Caudan Arts Centre hosted Kontanporin, a collective exhibition bringing together ten Mauritian artists around a central question: how can art preserve the essence of a culture in an island society undergoing rapid change, swept up by modernity and materialism?
The exhibition opened with a powerful statement: utopia is a place where spiritual nourishment is valued as much as material sustenance. Each artist—through their own language, history, and obsessions—reminds us that creating in Mauritius today is an act of resistance. Not to form an elitist avant-garde, but to defend the island’s cultural distinctiveness against creeping uniformity.
Since independence, Mauritius has experienced a transformation of striking speed. What took centuries elsewhere has unfolded here in barely half a century: from colonial lethargy to smart cities, from the digital era to artificial intelligence. Kontanporin seeks to make sense of this acceleration, grounding it in an artistic discourse where global concerns intersect with local memory, often expressed in Creole.
Among the standout works, Ennri Kums unfolds a bold and sensual universe, blending figuration with vibrant color. Gaëlle Gonzalez, a Paris-trained photographer, weaves together documentary and visual poetry to capture social and human tensions. Mala Chummun Ramyead turns to memory and nature: her installation Childhood Memories (Paper Boats)—crafted from shattered glass and recycled materials—speaks both to the fragility of childhood and the urgent need to rethink our relationship with the environment.
Printmaking finds a powerful voice through Neermala Luckeenarain, whose works confront gender discrimination and violence. Meanwhile, Nalini Treebhoobun, a seminal figure in Mauritian art, deepens her exploration of collective identity through reflections on indenture and slavery.
The exhibition also resonates with the struggles of late artists such as Firoz Ghanty (1952–2019), left-wing activist and icon of kreolité, whose multifaceted oeuvre left an indelible mark on the Mauritian artistic landscape. Alongside this legacy, a younger generation asserts itself: Rishi Seeruttun explores human fragility through monumental canvases in recycled denim; Michael Lalljee, the so-called “masking tape artist,” transforms the scars and memories of Port Louis into a plastic language; and RYMD (Raymond Levantard) offers an intuitive, expressive painting style, where gesture and color become an inner dance.
Far from delivering a manifesto, Kontanporin presents itself as a space of confrontation and dialogue, where each work reflects a fragment of the Mauritian contemporary experience. By questioning what truly nourishes a society, the exhibition invites us to look beyond the glittering facades of modernity and to listen to voices that, with poetry and lucidity, remind us that “the emperor has no clothes.”













