Nul n’est prophète en son pays. Ce vieil adage pourrait s’appliquer à Laval Ng. Dessinateur-illustrateur de bande dessinée, très connu depuis une vingtaine d’années sur la scène internationale, à La Réunion, en France et même aux États-Unis, sa renommée ne sort pas du cercle des initiés sur sa terre natale, l’île Maurice. Pour autant, il continue à travailler sur des projets fabuleux ici et ailleurs. Son dernier ouvrage, Le Cri, une nouvelle collaboration entre le dessinateur et son compère de longue date Pierre Makyo, est sorti en septembre dernier. Retour sur la carrière d’une des forces tranquilles du 9e art.
Une philosophie de travail bien définie
Très tôt déjà Laval Ng s’intéresse aux grands noms de l’art, à savoir Leonard de Vinci et Michel-Ange, dont il découvre les travaux dans un film à la télévision puis dans une biographie de Romain Rolland respectivement. Depuis, dans chaque projet qu’aborde le dessinateur, c’est l’idée qu’il se fait du dessin et non le produit fini qui compte le plus à ses yeux. Laval Ng se positionne dans une recherche constante. Découvrir, expérimenter, sortir de sa zone de confort, aller au-delà de ce que lui demande le scénariste, telle est la mission qu’il se donne. En effet, pour ce natif de Baie du Tombeau, aujourd’hui établi à Curepipe, un scénario à illustrer représente une énorme responsabilité. C’est donc en appliquant cette méthode de travail méticuleuse que Laval Ng a pu se faire un nom dans le monde de la bande dessinée.
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Rencontres marquantes et collaborations nombreuses
En 2001, Laval Ng fait la rencontre du scénariste de bande dessinée français Pierre Makyo, un peu par hasard, dans une chambre d’hôtel à la Réunion. À l’époque le dessinateur, qui a seulement publié deux comics aux États-Unis, est encore inconnu du grand public. Mais bien décidé à donner un aperçu de son travail, il a en sa possession un cahier de dessins qu’il montre à Makyo. Emballé, celui-ci lui propose de rejoindre l’aventure Balade au bout du monde. Les deux hommes collaborent ainsi sur quatre tomes de cette série. Par la suite, ils continuent à travailler ensemble sur divers projets à savoir Khalil Gibran – La vie de l’auteur du « Prophète » (2008), Le cercle des mystères (2012), Effet miroir (2020) et enfin Le Cri (2023). Depuis quelques années, Laval Ng collabore également régulièrement avec Philippe Pelaez sur les séries Alter (Parallèle, 2020) et Furioso (2022-2023). Le dessinateur explore ici la science-fiction et le fantastique. Il évoque une relation de confiance qui s’est établie avec ces deux scénaristes et nous avoue que « le fait d’avoir pu les rencontrer en personne a grandement facilité les choses ». Ce sont ces belles rencontres qui ont permis à Laval Ng de rayonner à l’étranger avec des publications chez des maisons d’édition de renom de la bande dessinée comme Glénat et Delcourt, entre autres.
Une marque de fabrique
De par la qualité de ses dessins, Laval Ng est aussi très convoité à l’échelle nationale et certains chanceux ont eu la possibilité de travailler avec lui. On peut mentionner Shenaz Patel sur l’adaptation du classique Paul et Virginie (2015) puis sur Histoire de Maurice (2017). Et plus récemment c’est Nirmala Maruthamuthu qui a fait appel à ses services pour illustrer son Zozo et le covid – Lave-toi les mains ! (2021).
Contrairement à la majorité de ses confrères, Laval Ng n’a pas un style de dessin fixe et sa volonté d’en apprendre toujours plus lui permet de nous surprendre à chaque fois. Véritable caméléon, le dessinateur, toujours en phase avec sa philosophie de travail préfère l’exploration et a toujours quelque chose de nouveau à proposer. Là où certains illustrateurs se distinguent par une esthétique singulière et homogène tout au long de leur carrière, Laval Ng a fait du changement constant sa marque de fabrique.
Le Cri
Vingt ans après leur première collaboration, Makyo et Laval Ng ont sorti Le Cri chez Philéas en septembre dernier. Il s’agit à l’origine d’un roman policier de Nicolas Beuglet paru en 2016. On suit l’inspectrice Sarah Geringën qui enquête sur la mort suspecte d’un patient de l’hôpital psychiatrique de Gaustad en Norvège. Celui-ci serait d’après les résultats de l’autopsie mort de peur. L’histoire comprend tous les éléments propres au thriller policier classique et la narration est efficace. Mais ce qui nous frappe véritablement dans cette adaptation, c’est le dessin : il vient renforcer et embellir le scénario et contribue au caractère oppressant de la bande dessinée. Comme à son habitude, l’artiste n’a pas fait les choses à moitié. Perfectionniste, le dessinateur a effectué des recherches poussées sur les lieux évoqués dans l’histoire, notamment l’environnement norvégien.
Au niveau des couleurs, on remarque une dominance du bleu-vert pâle souvent mis en contraste avec le rouge utilisé de façon stratégique. Cette couleur chaude vient annoncer une certaine violence, un moment de tension et surtout elle met en valeur la chevelure de l’inspectrice. Les expressions faciales sont aussi remarquables - on retiendra particulièrement le personnage menaçant de Lazare et son visage terrifiant. À la manière d’un réalisateur de cinéma, le dessinateur a aussi soigné le jeu de lumière. La bande dessinée emprunte au 7ème art mais rappelle aussi par moments l’univers du manga. Laval Ng brouille les pistes et transcende la narration pour nous offrir sans doute l’un des albums les plus aboutis de sa carrière.
Au fil des années, Laval Ng a su garder la tête sur les épaules, il poursuit son aventure artistique en quête de nouvelles expériences tout en faisant toujours preuve d’une grande humilité.
Le Cri est à retrouver à la librairie Le Trèfle.
Texte : Reza Dulymamode
Photos : Yannick Augustin
9th art : In the bold, multi-faceted world of Laval Ng
No man is a prophet in his own country. This adage could apply to Laval Ng. A cartoonist-illustrator who has been a household name on the international scene for some twenty years now, in Reunion Island, France and even the United States, his reputation does not extend beyond the circle of insiders in his native Mauritius. Nevertheless, he continues to work on fabulous projects here and elsewhere. His latest work, Le Cri, a new collaboration between the artist and his long-time colleague Pierre Makyo, was published last September. A look back at the career of one of the quiet strengths of the 9th art.
A well-defined work philosophy
Already from his early age, Laval Ng was interested in the great names of art, namely Leonardo da Vinci and Michelangelo, whose work he discovered in a television film and then in a biography of Romain Rolland respectively. Since then, in every project he has taken on, it is the idea behind the drawing and not the finished product that matters most to him. Laval Ng is constantly researching. Discovering, experimenting, getting out of his comfort zone, and going beyond what the scriptwriter asks of him, this is the mission he sets himself. For this native of Baie du Tombeau, now living in Curepipe, illustrating a script is a huge responsibility. It is by applying this meticulous working method that Laval Ng has been able to make a name for himself in the world of comics.
Key encounters and numerous collaborations
In 2001, Laval Ng met French comics writer Pierre Makyo, somewhat by chance, in a hotel room in Reunion Island. At the time, the artist had only published two comics in the United States and was still unknown to the general public. But he was determined to give the public an overview of his work, and he showed Makyo a notebook of his drawings which he carried with him. The latter was delighted and asked him to join the adventure entitled Balade au bout du monde. The two men worked together on four volumes of the series. They then continued to collaborate on various projects, including Khalil Gibran – The Life of the Author of the “Prophet” (2008), Le Cercle des mystères (2012), Effet miroir (2020) and finally Le Cri (2023). In recent years, Laval Ng has also been working regularly with Philippe Pelaez on the series Alter (Parallèle, 2020) and Furioso (2022-2023). Here, the artist explores science fiction and fantasy. He talks about the relationship of trust that was established with these two scriptwriters: « The fact that I was able to meet them in person made things a lot easier », he says. It is these encounters that have enabled Laval Ng to make a name for himself abroad, with publications by leading comics publishers such as Glénat and Delcourt, among others.
A trademark
Because of the quality of his drawings, Laval Ng is also highly coveted on a national scale, and some lucky people have had the opportunity to work with him. We might mention Shenaz Patel on the adaptation of the classic Paul et Virginie (2015) and then on Histoire de Maurice (2017). And more recently it was Nirmala Maruthamuthu who called on his services to illustrate her Zozo et le covid – Lave-toi les mains! (2021).
Unlike most of his colleagues, Laval Ng doesn’t have a fixed drawing style, but has this desire to learn more so that he can amaze us each time. A true chameleon, the illustrator, always in tune with his work philosophy, prefers to explore and always has something new to offer. Where some illustrators stand out for their singular, consistent aesthetic throughout their careers, Laval Ng’s trademark seems to lie in his constant change.
Le Cri
Twenty years after their first collaboration, Makyo and Laval Ng released Le Cri (Philéas) last September. It was originally a crime novel by Nicolas Beuglet published in 2016. It follows detective Sarah Geringën as she investigates the suspicious death of a patient at Gaustad Psychiatric Hospital in Norway. According to the autopsy results, the patient died of fear. The story has all the elements of a classic crime thriller, and the narration is effective. But what strikes us about this adaptation is the drawing: it strengthens and embellishes the script and contributes to the oppressive character of the comic strip.
As usual, the artist has not done things by halves. A perfectionist, Laval Ng has carried out extensive research into the places mentioned in the story, particularly the Norwegian environment.
The colours are predominantly pale blue-greenish, often strategically contrasted with red. This warm colour heralds certain violence, a moment of tension, and above all it highlights the inspector’s hair. The facial expressions are also remarkable, particularly the menacing figure of Lazarus and his frightening face. In the style of a film director, the artist has also paid great attention to the lighting effects. The comic strip borrows from the 7th art but is also at times reminiscent of the world of mangas. Laval Ng blurs the lines and transcends the narrative to give us undoubtedly one of the most accomplished albums of his career.
Over the years, Laval Ng has managed to keep his head on his shoulders, pursuing his artistic adventure in search of new experiences with great humility.
Le Cri is available at Le Trèfle bookshop.
Article by Reza Dulymamode
Pictures by Yannick Augustin













