À première vue, le programme semblait presque irrévérencieux. Transformer un éclair, une tarte Tatin, un Paris-Brest ou encore un Opéra en plats salés relevait du défi. Pourtant, c’est précisément ce pari gastronomique qui a donné naissance à l’un des moments les plus surprenants de la Semaine du Chocolat 2026 organisée à Heritage Le Telfair, à Bel Ombre.
Au restaurant Gin’ja, le sous-chef Ved Hurry et sa brigade ont imaginé un menu où les codes de la pâtisserie française étaient subtilement détournés pour raconter une autre histoire. Une histoire où le sucré s’efface au profit des saveurs marines, végétales et épicées.
Dès l’entrée, l’Éclair donnait le ton. Exit la crème pâtissière : la pâte légère accueillait ici un mariage de crabe et d’avocat relevé par une crème au citron vert, un gel de piment doux et quelques pousses de coriandre. Un jeu de textures particulièrement réussi, à la fois frais et délicat. Le Miss Lucy du domaine Springfield Estate, sélectionné par les sommeliers de l’hôtel, prolongeait cette sensation de fraîcheur avec ses notes d’agrumes et de fruits tropicaux.
Des classiques détournés avec créativité
La Tatin poursuivait cette exploration des apparences trompeuses. Les pommes avaient laissé place à des bringelles caramélisées, accompagnées de rubans croustillants de cœur de palmiste et d’un condiment tomate-gingembre. Un plat où les saveurs mauriciennes s’invitaient discrètement dans un classique français. L’accord avec un Chenin Blanc du Château de Fesles soulignait la douceur naturelle des légumes tout en apportant une belle tension.
Le point culminant des créations salées fut sans doute le Paris-Brest d’ourite. Le céphalopode snacké trouvait un compagnon inattendu dans les noisettes et les noix de cajou, tandis qu’un crémeux moutarde-curcuma inspiré du vindaye apportait profondeur et caractère. Les pickles d’oignons rouges et le glaçage citron-vinaigre terminaient l’ensemble sur une note vive. Le Viognier des Collines Rhodaniennes accompagnait parfaitement cette construction complexe grâce à ses arômes généreux d’abricot et de pêche.
L’Opéra, quant à lui, se transformait en un élégant mille-feuille de poisson du lagon et de légumes fondants, nappé d’un beurre blanc au combava. Une assiette raffinée où le croustillant répondait à la délicatesse du poisson. Le Chardonnay Serruria de Cape of Good Hope apportait la fraîcheur nécessaire pour préserver l’équilibre de l’ensemble.
Trois visions du chocolat pour conclure le voyage
Après ce parcours salé, venait enfin le retour attendu du chocolat. Trois grands noms de la pâtisserie française prenaient alors le relais.
Maëlig Georgelin proposait une tarte « Mauritius Spirit » où le chocolat noir rencontrait la mangue, la passion et la vanille. Entre crémeux intense, cubes de mangue fraîche et chantilly vanillée, le dessert évoquait à la fois le terroir mauricien et le savoir-faire pâtissier français.
Le Royal Chocolat de Stéphane Giraud jouait davantage la carte de la gourmandise pure. Biscuit aux amandes, praliné croustillant, ganache au chocolat au lait et fève tonka, mousse au chocolat noir : chaque couche apportait une nouvelle texture dans une construction parfaitement maîtrisée.
Enfin, Enzo Roussel concluait le repas avec un mille-feuille chocolat associant vanille, caramel tendre et crème mangue-passion. Une création lumineuse qui faisait écho aux saveurs tropicales découvertes tout au long du dîner.
Pour accompagner cette trilogie sucrée, les sommeliers du resort avaient choisi une proposition inattendue : le Takamaka Eclipse. Ses arômes d’agrumes et de fruits exotiques créaient un fil conducteur entre les desserts et l’identité insulaire du repas.
Ce dîner des « classiques revisités » a démontré qu’un éclair n’a pas besoin d’être sucré pour surprendre et qu’un Paris-Brest peut parfaitement raconter l’océan Indien. Une démonstration de créativité maîtrisée qui restera comme l’un des temps forts de cette édition de la Semaine du Chocolat à Heritage Le Telfair.
When French Pastry Classics Turn Savoury: The Boldest Dinner of Chocolate Week
At first glance, the concept seemed almost irreverent. Turning an éclair, a tarte Tatin, a Paris-Brest and even an Opéra into savoury dishes sounded like a daring challenge. Yet this bold idea gave rise to one of the most memorable moments of Chocolate Week 2026 at Heritage Le Telfair in Bel Ombre.
At Gin’ja restaurant, Sous-Chef Ved Hurry and his team reimagined some of France’s most iconic pastry creations, transforming them into elegant savoury dishes. The result was a culinary journey where sweet traditions gave way to seafood, vegetables and subtle spices.
The experience began with an Éclair unlike any other. Instead of pastry cream, the delicate choux pastry was filled with crab and avocado, enhanced by a light lime cream, sweet chilli gel and coriander shoots. Fresh, vibrant and beautifully balanced, it was paired by the resort’s sommeliers with Springfield Estate’s Miss Lucy, whose citrus and tropical fruit notes echoed the flavours of the dish.
Reinventing the Classics
The Tatin continued the theme of playful reinvention. Caramelised eggplants replaced apples, accompanied by crispy ribbons of heart of palm and a tomato-ginger condiment. It was a dish that subtly introduced Mauritian flavours into a French classic. The pairing with Château de Fesles Chenin Blanc highlighted the natural sweetness of the vegetables while bringing elegance and freshness.
Perhaps the most striking savoury creation was the octopus Paris-Brest. The seared octopus found an unexpected partner in hazelnuts and cashew nuts, while a mustard and turmeric cream inspired by vindaye added depth and character. Pickled red onions and a lemon-vinegar glaze completed the dish with a vibrant finish. The Rhône Valley Viognier selected by the sommeliers matched the complexity of the plate perfectly with its generous peach and apricot aromas.
The Opéra was transformed into a delicate lagoon fish mille-feuille layered with tender vegetables and finished with a kaffir lime beurre blanc. Refined and elegant, it balanced crisp textures with the subtle flavours of fresh fish. The Cape of Good Hope Serruria Chardonnay provided the freshness needed to maintain harmony throughout the dish.
Three Chocolate Masters Take the Stage
After this savoury journey, chocolate finally returned to centre stage with desserts created by three renowned pastry chefs.
Maëlig Georgelin presented his “Mauritius Spirit” chocolate tart, combining dark chocolate with mango, passion fruit and vanilla. Rich creams, fresh mango cubes and vanilla whipped cream celebrated both Mauritian ingredients and French pastry expertise.
Stéphane Giraud’s Royal Chocolate dessert embraced pure indulgence. Almond biscuit, crunchy praline, milk chocolate and tonka bean ganache, dark chocolate mousse and chocolate sauce combined in a perfectly structured creation rich in textures and flavours.
To conclude, Enzo Roussel served a chocolate mille-feuille featuring vanilla whipped ganache, soft caramel and mango-passion fruit cream. Bright and elegant, it echoed the tropical notes that had accompanied guests throughout the evening.
For these three desserts, the sommeliers selected Takamaka Eclipse, whose citrus and exotic fruit aromas created a seamless bridge between the chocolate creations and the island spirit of the dinner.
This “Revisited Pastry Classics” dinner proved that an éclair does not need to be sweet to surprise and that a Paris-Brest can successfully tell a story rooted in the Indian Ocean. A masterclass in creativity and balance, it will undoubtedly be remembered as one of the highlights of Chocolate Week 2026 at Heritage Le Telfair.













