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La tentation du tourisme low-cost

May 30, 10:12 am

Dans quelques jours le gouvernement présentera son premier budget. Cet exercice purement comptable dans la plupart des démocraties prend à Maurice des allures de révolution économique avec à chaque fois des attentes et des craintes. Chacun y va de son opinion très souvent biaisée comme le rapport d’Axys publié le jeudi 29 mai, du moins dans sa partie consacrée au tourisme. Les auteurs du rapport note qu’alors que les arrivées culminent à 1,4 million, la dépense journalière reste figée à USD 131. D’où leur recommandation qu’ « il est urgent d’ouvrir le ciel aux compagnies à bas coûts, de soutenir les établissements 3* et 4*, et de diversifier l’offre : écotourisme, tourisme culturel, bien-être, activités nautiques et parcs de loisirs aux standards internationaux ».

Axys reprend un discours populiste à l’effet que le tourisme de masse, facilité par les compagnies low-cost, le sac à dos et la dérégulation, serait un progrès social. En réalité, il mine les équilibres économiques, sociaux et écologiques du secteur. À vouloir accueillir toujours plus de touristes, on oublie une vérité fondamentale : plus ne veut pas dire mieux.

La course au volume, un leurre économique

À première vue, le modèle semble vertueux : plus de touristes, donc plus de revenus. Mais dans les faits, la réalité est toute autre. Le tourisme low-cost repose sur un principe simple : voyager pour presque rien. On paie un billet d’avion à 600 € (pour notre marché principal), on dort en auberge ou chez l’habitant, on mange dans la rue ou au supermarché. Résultat : les dépenses quotidiennes sont minimes, souvent inférieures à 50 € par personne.

À titre de comparaison, un touriste haut de gamme peut dépenser dix à vingt fois plus — sans générer plus de pression sur les ressources locales. Il faut donc multiplier les voyageurs à bas budget pour égaler la valeur économique d’un seul voyageur premium. Un modèle inefficace, qui repose sur une croissance quantitative déconnectée de toute durabilité.


Ces voyageurs “low-cost” génèrent pourtant les mêmes besoins en infrastructures : eau, routes, transports publics, sécurité, collecte des déchets… Parfois plus, car leur présence massive n’est pas compensée par des recettes locales suffisantes.
Dans les localités touristiques, les centres sont saturés, les loyers explosent sous la pression des locations saisonnières, les sentiers de randonnée, plages, sites naturels ou villages sont envahis, dégradés, sans que les collectivités n’aient les moyens d’y faire face.

Le surtourisme est une réalité tangible, et il n’est pas le fait des riches. Il est le produit d’un système dérégulé qui mise tout sur la quantité — sans retour équitable pour les territoires concernés.

 

 

La fuite des touristes de qualité

Autre effet pervers : ce modèle fait fuir les voyageurs à fort pouvoir d’achat. Ceux-ci ne veulent plus partager les allées de nos marchés avec des hordes de visiteurs pressés. Ils évitent les lieux devenus bruyants, standardisés, saturés. À la fin, ce sont les acteurs touristiques les plus qualitatifs — hôtels, artisans, restaurateurs — qui pâtissent de cette évolution. Le paradoxe est total : en voulant tout ouvrir à tout le monde, on détruit l’attractivité même de la destination.

Nous devons sortir du mythe selon lequel le tourisme est d’autant plus bénéfique qu’il est massif. Plus de touristes ne veut pas dire plus de richesses. Il est temps de remettre la qualité au centre : qualité de l’accueil, qualité de l’expérience, qualité de la relation avec les habitants et les paysages.

 

Cela ne signifie pas revenir à un tourisme élitiste, mais à un tourisme intelligent, équilibré et durable. Un tourisme où chaque visiteur contribue réellement au développement du territoire, au lieu de simplement le consommer.

Le tourisme n’est pas une industrie comme les autres. Il dépend de ressources précieuses, vivantes, fragiles. Préserver ces ressources, c’est préserver l’avenir du secteur lui-même.

 

Ajai Daby

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