
Après quatre mois au poste de Ministre du Tourisme, Richard Duval fait un constat lucide du secteur du tourisme dans une interview au magazine VoyA-G (édition mars 2025). Il reconnaît le travail qui a été fait jusqu’ici tout en affirmant qu’on pourrait faire encore mieux. Ainsi, au chapitre de l’objectif de Maurice de devenir une destination durable d’ici à 2030, il est d’avis que le travail entrepris par les autorités et le privé est dans la bonne direction mais il regrette notamment la perte de compétitivité et le retard dans l’exploration des marchés émergents. À cet effet, il annonce son plan pour booster les arrivées touristiques, une restructuration de la MTPA et une redynamisation de l’identité de marque de Maurice. Enfin, il exprime son ambition de faire de l’École hôtelière SGD, un centre de formation d’excellence.
Quel est votre constat de la situation du tourisme aujourd’hui ?
Le secteur du tourisme à Maurice se porte bien, mais il pourrait aller encore mieux. En termes d’arrivées, pour l’année 2024, nous avons presque retrouvé le niveau d’avant la pandémie de la Covid-19. Toutefois, j’aurais souhaité une meilleure performance.
Concernant les recettes, la Banque de Maurice a annoncé un chiffre record pour 2024. Cependant, ce montant doit être analysé dans son contexte, car il est gonflé de par la dépréciation de la roupie.
À ce jour, deux aspects me préoccupent particulièrement. Premièrement, les inquiétudes actuelles du secteur : la perte de compétitivité, le manque d’agilité sur certains marchés, le retard dans l’exploration de nouveaux marchés, un taux d’occupation encore insuffisant et le problème de connectivité aérienne, entre autres.
Quel est le deuxième aspect ?
Les nombreux défis à venir. L’un des plus importants est la situation économique en Europe, notre principal marché émetteur. Certains pays, comme l’Allemagne, sont en récession, ce qui pourrait nous impacter.
Un autre défi c’est le risque sanitaire : une crise peut survenir à tout moment dans l’un de nos marchés stratégiques. Par exemple, la résurgence du Chikungunya à La Réunion a contribué au léger recul des arrivées en janvier.
Enfin, la hausse continue du prix des billets d’avion est une source d’inquiétude. La France vient d’annoncer une augmentation de la taxe sur les billets d’avion, une décision sur laquelle nous n’avons aucun contrôle. Cela dit, nous devons nous adapter, trouver des solutions ou des alternatives, et faire face à ces défis. L’échec, en tout cas, n’est pas une option.
Quelle est votre stratégie pour booster les arrivées ?
Notre priorité est de renforcer le tourisme intérieur, un concept vaste qui regroupe plusieurs segments. Nous allons ainsi mettre l’accent sur :
le tourisme axé sur les activités en plein air, comme la randonnée et les excursions terrestres
le tourisme de santé et de bien-être
le tourisme culturel et patrimonial
le tourisme sportif
le tourisme médical
le tourisme communautaire.
Les voyageurs d’aujourd’hui recherchent plus d’interactions avec la population locale et souhaitent s’immerger dans la culture du pays. Le modèle ‘mer, plage, soleil’ nous a bien servi jusqu’ici, mais il nous faut désormais aller au-delà. Nous devons diversifier notre offre pour attirer des profils variés :
les voyageurs soucieux de l’environnement
les passionnés d’aventure
les explorateurs culturels
les amateurs de bien-être
les nomades numériques
les milléniaux et la génération Z
la diaspora mauricienne.
En parallèle, nous avons commencé une restructuration complète de la Mauritius Tourism Promotion Authority (MTPA), avec une approche digitale renforcée. Nous avons également mis en place des plans d’urgence pour les marchés en baisse et explorons de nouveaux marchés encore inexploités. L’objectif est de diversifier nos sources de visiteurs au maximum.
Nous allons également accélérer le développement du tourisme ‘MICE’ (Meetings, Incentives, Conferences and Exhibitions) en Afrique en mettant en place un programme spécifique pour les grandes entreprises du continent.
Enfin, nous modernisons nos infrastructures portuaires afin de développer le tourisme de croisière et nous préparons un plan stratégique pour la basse saison, incluant des offres promotionnelles ciblées et des événements saisonniers.
À long terme, nous travaillons sur la revitalisation de l’identité de marque de l’île Maurice afin de garantir sa place parmi les destinations touristiques de premier choix.
Le discours-programme met l’accent sur un tourisme authentique et durable. Où en sommes-nous actuellement ?
Le discours-programme fixe la direction, mais c’est à nous — mon ministère et nos partenaires — de concrétiser ces objectifs. Le tourisme authentique et durable représente l’avenir du secteur. Maurice ne peut pas manquer cette transition. Il faut toutefois souligner que les organismes sous l’égide de mon ministère ainsi que les opérateurs touristiques se sont déjà engagés dans cette voie.
Aujourd’hui, une offre variée existe déjà pour tous les segments de tourisme mentionnés plus haut. Notre objectif est d’élargir davantage cette offre et d’exploiter pleinement notre richesse culturelle comme atout distinctif.
Concernant le tourisme durable, Maurice s’est engagée à devenir une destination verte certifiée d’ici à 2030. Cet objectif repose sur l’adoption de pratiques touristiques respectueuses de l’environnement, visant à réduire les impacts négatifs et à maximiser les impacts positifs.
L’écotourisme est déjà intégré à notre stratégie nationale de développement durable. Le projet Sustainable Island Mauritius (SIM) a notamment favorisé des opérations plus respectueuses de l’environnement parmi les voyagistes et leurs fournisseurs, instaurant une culture de durabilité dans l’ensemble de la chaîne de valeur du tourisme.
Depuis 2019, plus de 3 500 opérateurs, dont environ 700 chauffeurs touristiques, ont été formés aux principes du développement durable, à la protection de la biodiversité marine et aux bonnes pratiques touristiques. De plus, près de 50 % des hôtels de l’île Maurice possèdent aujourd’hui des certifications de durabilité reconnues internationalement. Notre engagement ne date donc pas d’hier. Nous devons maintenant veiller à ce que ces initiatives se poursuivent et s’intensifient.
Les objectifs de croissance sont-ils compatibles avec un modèle de tourisme durable ?
Bien sûr ! Toutes les études le confirment. Le tourisme vert attire un segment de voyageurs de plus en plus large. Selon l’Organisation mondiale du tourisme, 56 % des voyageurs sont prêts à payer plus cher pour des vacances écologiques.
Le plan directeur du tourisme 2024-2033, préparé par la Banque mondiale – que mon prédécesseur n’a pas eu l’occasion de publier et que nous allons bientôt présenter – met également l’accent sur le tourisme vert.
Aujourd’hui, une part croissante des voyageurs est très soucieuse de l’environnement, et cette tendance ne fera que s’accentuer dans les années à venir. Aucune destination ne peut se permettre d’ignorer cette réalité. Maurice, qui subit de plein fouet les effets du changement climatique, a encore plus intérêt à adopter un modèle de tourisme durable.
L’un des défis actuels du secteur touristique est le manque de main-d’œuvre. Que proposez-vous pour aider les opérateurs ?
Le problème majeur est que les opérateurs peinent à attirer les jeunes diplômés en hôtellerie. Beaucoup d’entre eux, après leur formation, préfèrent travailler sur les navires de croisière où les conditions sont bien plus avantageuses. Comment le leur reprocher?
Du côté du ministère, nous avons déjà commencé une réorganisation de l’École hôtelière Sir Gaëtan Duval (EHSGD) afin de garantir une formation adaptée aux besoins de l’industrie.
Nous allons également revoir la politique des permis de travail pour nous assurer que l’autorisation d’importer de la main-d’œuvre étrangère reflète les véritables pénuries du marché.
Par ailleurs, nous comptons revaloriser les métiers du tourisme grâce à des campagnes de sensibilisation de grande envergure dans les écoles, les universités et le secteur privé. Mais les opérateurs touristiques ont également un rôle clé à jouer dans cette démarche.
Justement, en parlant de formation, est-il normal que depuis plus de 10 ans, l’École hôtelière n’ait toujours pas de directeur attitré ?
Il est vrai que l’École hôtelière Sir Gaëtan Duval n’a pas reçu l’attention qu’une institution de cette envergure mérite ces dernières années.
Depuis janvier 2025, elle est repassée sous l’égide de mon ministère, et je peux vous assurer que les choses vont changer. Nous avons commencé à réactiver nos accords avec des établissements étrangers, notamment l’École hôtelière de Lausanne. Notre ambition est de faire de cette école un centre d’excellence pour la région, en collaboration avec des partenaires locaux et internationaux.
Maurice a récemment brillé en étant présente aux finales du Bocuse d’Or et de la Coupe du Monde de la Pâtisserie. Pourtant, contrairement à nos athlètes, les chefs mauriciens ne bénéficient d’aucun soutien de l’État. Pensez-vous y remédier ?
Je ne peux pas changer le passé. Je ne suis en fonction que depuis quatre mois. Cela dit, cette question sera bien sûr abordée lors de mes discussions avec nos partenaires du secteur. Mais au-delà du tourisme, le pays doit pouvoir soutenir et valoriser chaque citoyen qui devient son ambassadeur, quel que soit le domaine.
Tourism is doing well, but can do better
After four months as Minister of Tourism, Richard Duval takes a clear-eyed look at the tourism sector in an interview with VoyA-G magazien (March issue). He acknowledges the work that has been done so far, but says there is still room for improvement. With regard to Mauritius’ objective of becoming a sustainable destination by 2030, he believes that the work undertaken by the authorities and the private sector is heading in the right direction, but he regrets in particular the loss of competitiveness and the delay in exploring emerging markets. To this end, he has announced his plan to boost tourism arrival, restructure the MTPA and revitalise Mauritius’s brand identity. Finally, he expresses his ambition to make the SGD Hotel School a centre of excellence for training.
What is your assessment of the state of tourism today?
The tourism sector in Mauritius is doing well, but there is potential for even greater improvement. In terms of visitor arrivals for 2024, we are almost back to pre-Covid-19 levels. However, I would have liked to see better results.
Regarding revenue, the Bank of Mauritius has announced a record figure for 2024. It’s important to analyse this figure in context, as it is somewhat inflated due to the depreciation of the rupee.
Currently, I am particularly concerned about two key aspects. Firstly, there are ongoing issues within the sector, including a loss of competitiveness, a lack of agility in certain markets, delays in exploring new markets, insufficient occupancy rates, and problems related to air connectivity, among others.
What is the second aspect?
There are numerous challenges ahead, one of the most significant being the economic situation in Europe, our primary outbound market. Some countries, like Germany, are currently in recession, which could potentially impact us.
Another challenge is the health risk: crises can arise unexpectedly in any of our strategic markets. For instance, the resurgence of Chikungunya in Réunion led to a slight decline in arrivals in January.
Lastly, the ongoing increase in airfares is concerning. France has recently announced a rise in the tax on airline tickets, a decision over which we have no control. Nevertheless, we must adapt, seek solutions or alternatives, and confront these challenges. Ultimately, failure is not an option.
What is your strategy for boosting arrivals?
Our primary focus is to enhance domestic tourism, which is a broad concept that includes several segments. We will concentrate on the following areas:
– Outdoor activities, such as hiking and land excursions
– Health and wellness tourism
– Cultural and heritage tourism
– Sports tourism
– Medical tourism
– Community tourism
Today’s travellers seek more interaction with the local population and wish to immerse themselves in the country’s culture. Even though the traditional ‘sea, beach, sun’ model served us well in the past, it is time to expand our offers. We need to diversify our attractions to appeal to a variety of profiles, including:
– environmentally conscious travellers
– adventure enthusiasts
– cultural explorers
– wellness enthusiasts
– digital nomads
– millennials and Generation Z
– the Mauritian diaspora
We have initiated a comprehensive restructuring of the Mauritius Tourism Promotion Authority (MTPA) with a strengthened focus on digital strategies. Additionally, we have implemented emergency plans for declining markets and are actively exploring new, untapped markets. Our goal is to diversify as much as possible our sources of visitors. We will also accelerate the development of MICE (Meetings, Incentives, Conferences, and Exhibitions) tourism in Africa by establishing a specific programme targeted at major companies on the continent.
Furthermore, we are modernising our harbour infrastructure to enhance cruise tourism, and we are preparing a strategic plan for the low season that includes targeted promotional offers and seasonal events.
In the long term, we are focused on revitalising the brand identity of Mauritius to secure its position among the top tourist destinations.
The keynote speech focuses on authentic, sustainable tourism. Where do we stand today?
The keynote sets the direction, but it is up to us—my ministry and our partners—to turn these objectives into reality. Authentic and sustainable tourism represents the future of the sector, and Mauritius cannot afford to miss this transition. It is essential to emphasise that the organisations under my ministry, as well as tourism operators, are already committed to this path.
Currently, a diverse range of offers exists for all tourism segments mentioned above. Our goal is to expand this offer further and fully leverage our cultural wealth as a unique asset.
Regarding sustainable tourism, Mauritius is committed to becoming a certified green destination by 2030. This objective is based on adopting environmentally friendly tourism practices that aim to reduce negative impacts while maximising positive ones.
Ecotourism is already integrated into our national sustainable development strategy. In particular, the ‘Sustainable Island Mauritius’ (SIM) project has encouraged more environmentally friendly operations among tour operators and their suppliers, fostering a culture of sustainability throughout the tourism value chain.
Since 2019, over 3,500 operators, including around 700 tourist drivers, have been trained in sustainable development principles, marine biodiversity protection, and best tourism practices. Additionally, nearly 50% of hotels in Mauritius now possess internationally recognised sustainability certifications. Our commitment is not new; we must now ensure that these initiatives endure and intensify.
Are growth targets compatible with a sustainable tourism model?
Absolutely! All studies confirm this. Green tourism attracts an increasingly broad segment of travellers. According to the World Tourism Organisation, 56% of travellers are ready to pay more for a green holiday. The 2024-2033 Tourism Master Plan prepared by the World Bank – which my predecessor did not have the opportunity to publish and which we will soon present – also emphasises green tourism.
Today, a growing number of travellers are deeply concerned about the environment, and this trend is expected to increase in the years to come. No destination can afford to ignore this reality. Mauritius, which is particularly affected by climate change, has an even greater interest in adopting a sustainable tourism model.
One of the current challenges facing the tourism sector is the lack of manpower. What do you propose to do to assist operators?
The main issue is that operators are struggling to attract young hotel graduates. Many of them, after their training, prefer to work on cruise ships where conditions are much better. How can we blame them?
As far as the Ministry is concerned, we have already started reorganising the Sir Gaëtan Duval Hotel School (EHSGD) to ensure that training meets the needs of the industry. We will also review the work permit policy to ensure that authorisations to import foreign labour reflect genuine market shortages.
Additionally, we intend to raise the profile of tourism jobs through large-scale awareness campaigns in schools, universities, and the private sector. However, tourism operators also have a crucial role to play in this process.
Speaking about training, is it normal that the École Hôtelière has been without an accredited manager for more than ten years?
It is true that the Sir Gaëtan Duval Hotel School has not received the attention it deserves in recent years. Since January 2025, it has returned under the aegis of my ministry, and I assure you that changes will take place. We have begun reactivating our agreements with foreign institutions, particularly the École Hôtelière de Lausanne. Our ambition is to develop this school into a centre of excellence for the region, in collaboration with local and international partners.
Mauritius has recently excelled in the finals of the ‘Bocuse d’Or’ and the ‘Coupe du Monde de la Pâtisserie’. However, unlike our athletes, Mauritian chefs do not receive support from the State. Do you plan to change this?
I can’t change the past, as I have only been in office for four months. That said, I will raise this issue during my discussions with our partners in the sector. However, beyond tourism, the country needs to support and develop every citizen who becomes its ambassador, regardless of their field.













