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Culture

Kim Yip Tong : l’art comme porte-parole de l’écologie

January 9, 5:42 pm

Mauricienne dans l’âme, artiste pluridisciplinaire, activiste, exploratrice et avant tout… humaine, Kim Yip Tong est un personnage multipolaire qui fait vibrer l’histoire, le paysage et les nuances de l’île Maurice à travers ses créations. Préférant parler de ses projets plutôt que de sa propre personne, Kim dévoile un époustouflant univers artistique qui se veut organique, scientifique mais aussi profondément… poétique. Les œuvres de Kim sont à la fois des questionnements et des affirmations : sur l’identité,  le passé, la conscience et au final sur tous les êtres vivants.

Ebony, Lucent Matter, Flower Whisper, Son Dimounn, les projets aux noms évocateurs de Kim prennent vie à travers diverses techniques et médiums. « La peinture et le dessin sont mes médiums de base car j’en fais depuis que je suis toute petite, cependant j’explore aussi l’animation, les projections, des installations. En fait, chaque technique me permet de communiquer et de transmettre ce que j’ai à exprimer », explique l’artiste. En faisant s’entremêler les couleurs, les formes et les lignes  dans ses peintures et ses œuvres Kim tente d’absorber l’environnement qui l’entoure, nous offrant ainsi des expériences et des escapades dans divers écosystèmes qui agissent comme des stimulants sur les sens.

Outre les tableaux et projets immersifs, l’artiste s’intéresse de près à notre espace insulaire. Ainsi pour répondre à l’urgence des crises écologiques, elle révèle avoir fondé, avec d’autres artistes, un collectif appelé Sol Natal. « Notre objectif est de réfléchir à notre relation au vivant et à la façon dont nous cohabitons sur la planète » déclare-t-elle. Dans cet élan de connectivité et d’engagement, elle espère éveiller les consciences et démocratiser les espaces de partages et de discussion autour de l’écologie et sa dimension linguistique, en précisant par exemple l’usage du mot nature : « La nature englobe tellement de choses à la fois ; il y a tellement d’environnements qui sont verts mais qui au final deviennent un cimetière écologique où il n’y a pas de biodiversité, où la terre est morte. Des environnements industriels, est-ce que c’est ça la nature, qu’est-ce que c’est la nature au final ? »

Elle affirme également son titre d’artiste pluridisciplinaire avec ferveur car en plus de travailler sur des commandes de tableaux, elle révèle qu’elle élabore depuis trois ans un film d’animation sur l’incident du Wakashio. « C’est un de mes plus longs projets, je ne vais pas trop m’attarder là-dessus, mais c’est entièrement animé à la main et je compte le terminer à la fin de cette année-ci », confie-t-elle.

 

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Mais d’où vient donc cet intérêt pour l’écologie, le durable, les relations inter espèces, l’identité ? « Ce sont des thèmes qui m’ont toujours beaucoup fascinée mais mon intérêt pour eux a été ravivé pendant un stage que j’ai fait à l’Île aux Aigrettes. Je m’intéresse depuis à la conservation, au concept de wilderness. J’essaie de comprendre ce qu’est le « wild ». Il y a aussi le concept d’« ecological self » qui m’a fait réaliser que les arbres dans ma cour ne sont pas d’origine mauricienne, d’où ma question : c’est quoi un arbre mauricien ? Le projet « Ebony » – c’est le travail que j’ai monté et présenté dans ma dernière année d’études – explore l’histoire des forêts à Maurice, des arbres et des plantes endémiques ». Ses recherches sur les identités postcoloniales en lien avec l’écologie lui permettent d’offrir des réflexions sur l’identité mauricienne, d’avancer des critiques sur des systèmes de domination et de pouvoir qui habitent nos consciences et nos fondations. Bref, un point de vue analytique engagé vis-à-vis de l’écologie de notre île, qui pour elle englobe tout : l’environnement, l’être humain, la culture et l’aspect sociopolitique. Sans finalité prédéfinie ou précise, l’art de Kim Yip Tong recèle des univers, des océans, des consciences, des collectivités, tout un ensemble mouvant et émouvant.

Cependant, la ligne qui sépare l’art de l’artiste est tellement fine, quasi imperceptible. Il faut reconnaître que Kim Yip Tong s’exprime dans un discours qui pousse à la réflexion. « Je suis assez idéaliste, en ce sens que ma vision pour Maurice c’est que nous parvenions à cohabiter avec plus de respect mutuel entre nous. J’aimerais qu’on se familiarise davantage avec notre territoire, dans cet environnement doté d’un climat tropical où il y a de la vie, des plantes, des insectes ; il faut agir en laissant un peu plus d’espace pour tout un chacun et pacifier les relations entre êtres vivants ». Kim transcende sa colère et sa douleur à travers la poésie et la douceur, désignant son empathie comme son superpouvoir. Son message aux jeunes artistes, c’est de rester authentique, de puiser dans leurs expériences car celles-ci ont de la valeur, et finalement de s’entraider mutuellement.

 

Kim Yip Tong: art as a spokesperson for ecology

Mauritian at heart, multidisciplinary artist, activist, explorer and above all… human, Kim Yip Tong is a multi-polar character who brings to life the history, landscape and nuances of Mauritius through her work. Preferring to talk about her projects rather than herself, Kim unveils a breathtaking artistic universe that is organic, scientific and yet deeply…. poetic. Kim’s works are both questioning and affirming: on identity, on the past, on consciousness and ultimately on all living beings.

 

Ebony, Lucent Matter, Flower Whisper, Son Dimounn are quite evocative names of Kim’s projects which come to life through various techniques and mediums. « Painting and drawing are my basic mediums, because I’ve been doing this since I was a little girl, but I’m also exploring animation, projections, installations. Actually, each technique allows me to communicate and convey what I have to express, » explains the artist. By interweaving colours, shapes and lines in her paintings and works Kim tries to absorb the environment around her, offering us experiences and evasions into various ecosystems that stimulate the senses.

 

In addition to the immersive paintings and projects, the artist is also deeply interested in our island space, and in response to the urgency of the ecological crises, she reveals that she has founded a collective called Sol Natal, with other artists. « Our aim is to cogitate upon our relationship with the living and the way we cohabit on this planet, » she says. In this mindset of connectivity and commitment, she hopes to raise awareness and democratise spaces for sharing and discussing ecology and its linguistic dimension, for example by clarifying the use of the word nature: « Nature means so many things at the same time: there are so many environments that are green but in the end they tend to become an ecological graveyard where there is no biodiversity, where the earth is dead. Industrial environments, is that nature, what is nature in the end? »

 

She also fervently asserts her title as a multidisciplinary artist because, in addition to working on painting commissions, she reveals that she has been elaborating an animated film on the Wakashio incident over the past three years: « It’s one of my longest projects, I’m not going to dwell on it too much, but it’s entirely hand-animated and I expect to finish it by the end of this year, » she confides.

But, where does this interest in ecology, sustainability, inter-species relations and identity come from? « These are themes that have always fascinated me a lot, but my interest in these subjects was rekindled during an internship I did at l’Île aux Aigrettes. I have since been interested in preservation and the concept of wilderness. I’m trying to understanding what the wild is. There is also the concept of ecological self which made me realise that the trees in my backyard are not of Mauritian origin, hence my question:  what is a Mauritian tree? The “Ebony” project which I created and presented in my last year of study explores the history of Mauritian forests, trees and endemic plants». Kim’s research on post-colonial identities concerning ecology allows her to offer reflections on Mauritian identity, to assert critiques of the systems of domination and power that inhabit our consciousness and our foundation. In short, a committed analytical viewpoint on the ecology of our island, which according to her encompasses everything: the environment, human being, culture and socio-politics. With no precise or definite purpose, Kim Yip Tong’s art conceals oceans, universes, consciousnesses, communities, a whole ensemble which is on the move and poignant.

However, the line separating the artist from her art is so thin, almost imperceptible. It must be recognised that Kim Yip Tong expresses herself in a thought-provoking discourse. « I’m pretty idealistic, in so far as my vision for Mauritius is that we manage to live together by showing more mutual respect for one another. I would like us to become more familiar with our territory, in this environment with a tropical climate teeming with life, plants, insects;  we have to act by leaving a little more space for everyone and pacify relations among living beings.” Kim transcends her anger and pain through poetry and gentleness, referring to her empathy as being her superpower. Her message to young artists is to remain authentic, to draw on their own experiences because they are valuable, and finally to mutually help one another.

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