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Expo Artizan Lamer : la mémoire vivante de notre héritage maritime

January 26, 1:50 pm

Jusqu’au 2 mars, le Blue Penny Museum, à Port-Louis, accueille une exposition essentielle et profondément mauricienne : Artizan Lamer – Atase, Trese, Avoye. À la croisée de l’art, de l’histoire et de l’écologie, cette exposition rend hommage aux artisans de la mer, gardiens d’un patrimoine maritime aussi fragile que fondamental pour l’identité de l’île Maurice.

Quand la mer parle, les artisans écoutent

Le sel de l’océan imprègne les mains calleuses de ceux qui fabriquent les pirogues, tressent les filets, sculptent les casiers et ramènent chaque jour le poisson frais sur les tables mauriciennes. À travers objets, œuvres et récits, Artizan Lamer rappelle que la pêche artisanale n’est pas seulement une activité économique : elle est un savoir transmis de génération en génération, une lecture intime des vents, des marées et des courants.

De l’enfance passée à pêcher les chevrettes dans les rivières à la ligne lancée à la main un dimanche après-midi sur la plage, la pêche est intimement tissée dans l’âme mauricienne. Cette relation instinctive à la mer, nourrie par l’observation et l’expérience, structure depuis des siècles les communautés côtières.

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La pirogue, icône mauricienne

Au cœur de l’exposition, la pirogue occupe une place symbolique forte. Plus qu’un simple bateau, elle incarne le génie maritime local. Construite par les rares charpentiers de marine encore en activité, la pirogue mauricienne est le fruit d’un artisanat précis, utilisant des bois locaux comme le merantier ou le bois noir, avec des mâts en takamaka et des éléments en bambou.

Aujourd’hui motorisée, la pirogue conserve pourtant son design simple et coloré, témoin d’un lien profond entre l’homme, son savoir-faire et la mer. Mais cette tradition est menacée : le nombre de charpentiers diminue et le savoir de fabrication manuelle risque de disparaître, emportant avec lui une part essentielle du patrimoine maritime mauricien.

Regards d’artistes sur la mer et les pêcheurs

Artizan Lamer est aussi une exposition artistique riche, réunissant des œuvres majeures de peintres mauriciens qui ont su capter la poésie du monde maritime. Parmi elles :

  • Pascal Lagesse, Pêcheur aux filets dans sa barque (2000)
  • Eddy Banzigou, Pêcheurs, pêche à la senne (1995)
  • Marcel Lagesse, Matin calme, Baie du Tombeau (1982)
  • Marilyn Brétillard, Barque en mer au crépuscule (1996)
  • Yves David, Réparation des filets, Pointe aux Sables (2000)
  • Monique de la Vallée Poussin, Grand Gaube (1988)
  • Roger Charoux, Untitled (2003)
  • Danièle Hitié, Untitled
  • Kalindi Jundoosing, The Fish (1998)
  • Maurice Ménardeau, Three Men in a Pirogue Near the Shore
  • Siddick Nuckcheddy, Untitled (2004)

 

Ces œuvres racontent la mer tantôt nourricière, tantôt silencieuse, toujours centrale dans la vie quotidienne des Mauriciens.

Une tradition fragilisée par les bouleversements environnementaux

L’exposition ne se limite pas à la nostalgie. Elle pose un regard lucide sur les défis environnementaux et économiques auxquels font face les pêcheurs artisanaux aujourd’hui. Surpêche, dégradation des récifs coralliens, pollution, ruissellement des sédiments et blanchissement des coraux ont entraîné une baisse de près de 35 % des captures lagonaires entre 2011 et 2017.

Parallèlement, le développement côtier réduit l’accès aux sites traditionnels de débarquement, tandis que la concurrence avec des flottes plus importantes fragilise davantage les ressources marines. La transition vers la pêche hors lagon, soutenue par les autorités, impose aux pêcheurs de nouvelles compétences et équipements, tout en révélant la crise profonde des lagons.

Femmes de la mer, héritage invisible

Un autre thème fort de l’exposition est celui de l’invisibilité des femmes dans le secteur de la pêche. À Maurice, nombre d’entre elles exercent de manière informelle, notamment dans la pêche à pied (gleaning), sans reconnaissance officielle ni accès aux dispositifs de protection sociale.

À Rodrigues, en revanche, près de 32 % des pêcheurs lagonaires enregistrés sont des femmes, leur permettant de bénéficier de compensations, de formations et d’une place reconnue dans la gestion des ressources. L’exposition souligne combien la formalisation du rôle des femmes est une clé essentielle pour l’équité sociale et la durabilité environnementale.

Transmettre pour préserver

En filigrane, Artizan Lamer est un appel. Un appel à se souvenir, à protéger et à honorer un patrimoine vivant menacé par le changement climatique et l’évolution des modes de vie. Des outils traditionnels – golet en bambou, pêche à la bouteille, épuisettes, gaffes – rappellent l’ingéniosité simple et durable des pratiques anciennes.

L’exposition rend également hommage à des figures scientifiques majeures, comme Nicholas Pike, consul américain au XIXᵉ siècle, naturaliste passionné et auteur de centaines d’illustrations de poissons mauriciens, dont l’héritage scientifique éclaire encore notre compréhension du milieu marin.

Une exposition nécessaire

Soutenue par Our Heritage Foundation, le PNUD, la Royal Society of Arts & Sciences et Reef Conservation, Artizan Lamer s’impose comme une exposition à la fois sensible, pédagogique et engagée. Elle rappelle que la mer n’est pas seulement un décor, mais une mémoire, une ressource et une responsabilité collective.

👉 À voir absolument jusqu’au 2 mars au Blue Penny Museum, Port-Louis.

Artizan Lamer: The Living Memory of Mauritius’ Maritime Heritage at the Blue Penny Museum

Until 2 March, the Blue Penny Museum in Port Louis is hosting a compelling and deeply Mauritian exhibition: Artizan Lamer – Atase, Trese, Avoye. At the crossroads of art, history and environmental awareness, the exhibition pays tribute to the Artisans of the Sea, custodians of a fragile yet fundamental maritime heritage that has shaped Mauritius for generations.

When the sea speaks, the artisans listen

Salt, sun and time have shaped the calloused hands that build pirogues, weave nets, carve casiers and bring fresh fish to Mauritian tables. Artizan Lamer reminds visitors that artisanal fishing is far more than an economic activity: it is a body of knowledge passed down across centuries, rooted in a deep understanding of tides, winds and marine rhythms.

From childhood memories of catching longtail fish and chevrettes in rivers to the hand-thrown casting line adorning beaches on Sunday afternoons, fishing is woven into the very soul of Mauritius. This intuitive relationship with the sea has long defined coastal communities and continues to resonate with islanders far beyond the shoreline.

The pirogue: a Mauritian icon

At the heart of the exhibition stands the pirogue, an enduring symbol of Mauritian maritime culture. More than a single boat type, the pirogue represents a lineage of craftsmanship adapted to local conditions. Built by skilled marine carpenters, often using merantier or black wood, with masts crafted from takamaka and sail rods fashioned from bamboo, these vessels embody generations of accumulated knowledge.

Although now powered by small outboard engines, pirogues retain their simple, colourful aesthetic and their profound connection to the sea. Yet this tradition is under threat. Very few marine carpenters remain today, and the knowledge of handcrafting pirogues risks disappearing—along with an essential element of Mauritius’ coastal identity.

Artists’ perspectives on the sea and its people

Artizan Lamer also unfolds as a rich artistic journey, bringing together works by some of Mauritius’ most significant artists who have captured the poetry, labour and silence of the maritime world.

Among the featured works are:

  • Pascal Lagesse, Fisherman with Nets in His Boat (2000)
  • Eddy Banzigou, Fishermen, Seine Fishing (1995)
  • Marcel Lagesse, Calm Morning, Baie du Tombeau (1982)
  • Marilyn Brétillard, Boat at Sea at Dusk (1996)
  • Yves David, Net Repairing, Pointe aux Sables (2000)
  • Monique de la Vallée Poussin, Grand Gaube (1988)
  • Roger Charoux, Untitled (2003)
  • Danièle Hitié, Untitled
  • Kalindi Jundoosing, The Fish (1998)
  • Maurice Ménardeau, Three Men in a Pirogue Near the Shore
  • Siddick Nuckcheddy, Untitled (2004)

Together, these works offer a multifaceted portrait of the sea—as provider, workplace, memory and horizon.

A tradition under environmental and economic pressure

Beyond homage, the exhibition addresses the critical challenges facing artisanal fishermen today. Overexploitation of lagoon resources, habitat degradation caused by sediment runoff and pollution, coral bleaching and climate change have profoundly altered marine ecosystems. Between 2011 and 2017, nearshore and lagoon catches declined by approximately 35%.

At the same time, coastal development has reduced access to traditional landing sites, while competition from larger and often unregulated fishing operations places further strain on limited resources. Fishing remains physically demanding and increasingly unpredictable, making it difficult to secure stable livelihoods or attract younger generations.

As a result, the sector is undergoing a government-supported transition towards off-lagoon fishing, requiring new skills, safety equipment and navigation tools such as GPS and FADs—while underscoring the crisis affecting traditional fishing grounds.

Women of the sea: an invisible heritage

A particularly striking section of the exhibition highlights the invisibility of women in the fisheries sector. On mainland Mauritius, many women work informally, especially in gleaning, a practice that remains largely unrecorded. This lack of recognition excludes them from social protection mechanisms such as disaster compensation or bad weather allowances.

In contrast, in Rodrigues, approximately 32% of registered lagoon fishermen are women, granting them formal recognition, access to compensation during conservation closures and a voice in resource management. The exhibition underlines how formal recognition of women’s roles is essential for both economic empowerment and environmental sustainability.

Passing on knowledge to preserve the future

Running throughout Artizan Lamer is a clear message: this exhibition is both a tribute and a call to action. Traditional fishing tools—bamboo rods, bottle fishing lines, scoops, gaffs—testify to a form of ingenuity rooted in simplicity and sustainability.

The exhibition also pays tribute to Nicholas Pike (1818–1905), a 19th-century American consul and naturalist whose scientific research and more than 500 paintings of Mauritian fish remain invaluable references today. His work bridges art, science and history, reinforcing the exhibition’s broader narrative of knowledge transmission.

An exhibition that matters

Supported by Our Heritage Foundation, UNDP, the Royal Society of Arts & Sciences, and Reef Conservation, Artizan Lamer stands out as a sensitive, educational and deeply relevant exhibition. It reminds us that the sea is not merely a backdrop to island life, but a living memory, a source of sustenance and a shared responsibility.

👉 On view until 2 March at the Blue Penny Museum, Port Louis.

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