À la School of Fine Arts du Mahatma Gandhi Institute, à Moka, l’art bat au rythme de la jeunesse. Du 20 juin au 4 juillet 2026, l’exposition ArtBeat réunit plus de cent œuvres réalisées par les étudiants des départements Fine Arts ainsi que Design and Communication. Un rendez-vous artistique ouvert au public qui permet de découvrir les talents émergents de Maurice, mais aussi les questionnements, les rêves et les convictions d’une génération qui regarde le monde avec lucidité.
Lors du vernissage, le 19 juin, une impression s’est rapidement imposée : celle d’une remarquable maturité artistique. Derrière chaque toile, sculpture, installation, animation ou projet multimédia se dessine une réflexion personnelle nourrie par une solide formation technique et culturelle.
Les étudiants des Beaux-Arts démontrent une excellente maîtrise des fondamentaux. Leur connaissance de l’histoire de l’art est évidente, mais jamais académique ou figée. Ils puisent dans les grands courants artistiques pour nourrir des créations résolument contemporaines, abordant des thèmes liés à l’identité, à la mémoire, à l’engagement ou encore aux défis de la société actuelle.
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Ajai Daby
Une génération qui maîtrise ses références
À leurs côtés, les étudiants du département Design and Communication explorent les territoires du numérique, de l’animation, de la publicité, du jeu vidéo et des médias interactifs. Leur imagination foisonnante témoigne d’une scène créative mauricienne en phase avec les évolutions technologiques mondiales.
L’exposition s’étend à travers cinq espaces de galerie et propose également des visites guidées, des conférences thématiques ainsi qu’un espace de vente permettant aux étudiants de commercialiser leurs créations. Plus qu’une simple exposition de fin d’année, ArtBeat se veut une véritable immersion dans les multiples formes que peut prendre la création contemporaine.
L’authenticité à l’ère de l’intelligence artificielle
Pour Nooreen Lallmamode, responsable du département Design and Communication et coordinatrice du programme Media Arts, cette édition marque une étape importante. Pour la première fois, les étudiants des différentes disciplines ont été réunis autour d’un même concept afin de créer une expérience immersive et transversale.
Le thème ArtBeat est d’ailleurs né directement des étudiants eux-mêmes. Inspiré par l’idée que chaque artiste possède son propre rythme créatif, son « battement » intérieur, le concept célèbre l’authenticité de la création humaine à une époque où l’intelligence artificielle suscite autant d’enthousiasme que de débats.
« Ce qui fait battre le cœur de l’art, c’est la créativité, l’authenticité et tout ce que l’être humain apporte à son processus de création. ArtBeat est né de cette réflexion sur ce qui nous rend uniques en tant qu’artistes. »
Pour l’enseignante, l’avenir appartiendra à ceux qui sauront conjuguer maîtrise technologique, sens critique et créativité personnelle. « Nous voulons former des créateurs capables de collaborer, de développer leur propre vision et de montrer que l’art a toute sa place dans la société mauricienne. »
Cette réflexion traverse l’ensemble de l’exposition. Ici, l’intelligence artificielle n’est ni rejetée ni glorifiée. Elle est abordée comme un outil parmi d’autres, au service d’une démarche créative qui reste profondément humaine.
Des vocations qui dessinent l’avenir
Cette réflexion se retrouve dans le parcours de Sveta Ramchurun, étudiante en troisième année de Media Arts. Son projet de fin d’études, intitulé NIMO, prend la forme d’un jeu éducatif destiné aux enfants. Passionnée de dessin depuis l’enfance, elle voit dans les nouvelles technologies des outils utiles, mais refuse de leur abandonner le rôle central dans le processus créatif.
« L’intelligence artificielle peut m’aider dans certaines étapes, mais elle ne remplacera jamais la touche personnelle. Je veux créer quelque chose d’authentique, qui porte ma propre vision. »
À travers son travail, elle espère également contribuer à renouveler les approches de la publicité et de la communication visuelle à Maurice, en privilégiant l’originalité plutôt que les solutions standardisées.
Du côté des Beaux-Arts, Noémie Antoinette présente une œuvre consacrée à la princesse Diana dans le cadre d’un projet sur les femmes leaders. Son portrait, réalisé avec sensibilité, rend hommage à une personnalité qu’elle admire pour son engagement envers les autres.
« Pour moi, l’art est un espace de liberté. Il ne doit pas avoir de limites. C’est un moyen d’ouvrir son esprit, mais aussi son cœur. »
Comme beaucoup d’artistes, elle a dû convaincre son entourage que sa passion pouvait devenir un véritable projet de vie.
« Mes parents pensaient au départ qu’il serait difficile de vivre de l’art. Aujourd’hui, ils ont compris qu’il est possible de construire une carrière en restant fidèle à sa créativité. »
L’avenir s’anime également sous les traits imaginés par Sophie Quirin, étudiante en animation. Fascinée par les univers de Disney, Pixar ou des studios Ghibli, elle consacre son travail à la création de personnages et à l’art de leur donner vie.
« L’animation permet de transmettre des émotions, de créer des univers et de donner vie à des personnages qui n’existaient pas auparavant. C’est cette magie qui me passionne. »
Convaincue que Maurice possède le potentiel nécessaire pour développer une véritable industrie de l’animation et du jeu vidéo, elle se montre résolument optimiste.
« Nous avons une culture extrêmement riche. Il reste encore beaucoup à construire, mais les opportunités commencent à apparaître et les jeunes créateurs ont leur place dans cette évolution. »
Quand tradition et innovation avancent ensemble
Au-delà des œuvres exposées, ArtBeat révèle surtout une génération qui refuse d’opposer tradition et innovation. Crayon, pinceau, tablette graphique ou intelligence artificielle deviennent autant d’outils au service d’une même ambition : raconter des histoires, provoquer des émotions et porter un regard singulier sur le monde.
L’exposition montre également que les formations artistiques du Mahatma Gandhi Institute ne se limitent plus aux disciplines classiques. Elles préparent des créateurs capables d’évoluer dans des secteurs aussi variés que les industries culturelles, la communication, le design, l’animation ou le jeu vidéo.
À travers ces jeunes artistes, c’est tout le pouls de la création mauricienne qui se laisse entendre. Un battement multiple, audacieux et profondément humain. Et à en juger par les œuvres présentées à ArtBeat, ce battement-là est particulièrement prometteur.
ArtBeat: The New Generation of Mauritian Artists Finds Its Voice
At the School of Fine Arts of the Mahatma Gandhi Institute in Moka, creativity beats to the rhythm of youth. From 20 June to 4 July 2026, the ArtBeat exhibition brings together more than one hundred works created by students from the Fine Arts and Design & Communication departments. Open to the public, the event offers an opportunity to discover Mauritius’ emerging artistic talents, as well as the aspirations, concerns and convictions of a generation that observes the world with remarkable awareness.
During the opening ceremony on 19 June, one impression quickly stood out: the remarkable artistic maturity of the students. Behind every painting, sculpture, installation, animation and multimedia project lies a personal reflection supported by strong technical skills and a solid cultural foundation.
Fine Arts students demonstrate an excellent command of artistic fundamentals. Their knowledge of art history is evident, yet never academic or restrictive. Instead, they draw inspiration from major artistic movements to create distinctly contemporary works that address themes such as identity, memory, social engagement and the challenges of modern society.
A Generation Grounded in Artistic Heritage
Alongside them, students from the Design and Communication department explore the worlds of digital media, animation, advertising, video games and interactive storytelling. Their abundant imagination reflects a Mauritian creative scene that is fully connected to global technological developments.
Spread across five gallery spaces, the exhibition also features guided tours, thematic discussions and a craft shop where students can sell their creations. More than a traditional end-of-year showcase, ArtBeat offers a genuine immersion into the many forms contemporary creativity can take.
Authenticity in the Age of Artificial Intelligence
For Nooreen Lallmamode, Head of the Design and Communication Department and Programme Coordinator for Media Arts, this year’s edition represents an important milestone. For the first time, students from different disciplines have been brought together under a single concept designed to create an immersive and multidisciplinary experience.
The ArtBeat theme itself was developed by the students. Inspired by the idea that every artist possesses a unique creative rhythm, a personal heartbeat, the concept celebrates the authenticity of human creativity at a time when artificial intelligence generates both excitement and debate.
“What makes the heart of art beat is creativity, authenticity and everything that human beings bring to the creative process. ArtBeat was born from this reflection on what makes us unique as artists.”
For the lecturer, the future belongs to those who can combine technological expertise, critical thinking and personal creativity.
“We want to train creators who can collaborate, develop their own vision and demonstrate that art has an important place within Mauritian society.”
This reflection runs throughout the exhibition. Here, artificial intelligence is neither rejected nor glorified. Instead, it is approached as a tool among many others, serving a creative process that remains deeply human.
Aspirations Shaping the Future
This philosophy is reflected in the journey of Sweta Ramchurun, a third-year Media Arts student. Her final-year project, NIMO, is an educational game designed for children. Passionate about drawing since childhood, she sees technology as a valuable tool but refuses to allow it to take centre stage in the creative process.
“Artificial intelligence can help me with certain stages of my work, but it will never replace a personal touch. I want to create something authentic that carries my own vision.”
Through her work, she hopes to contribute to a new approach to advertising and visual communication in Mauritius, one that values originality over standardised solutions.
In the Fine Arts section, Noémie Antoinette presents a portrait of Princess Diana as part of an assignment on female leaders. Her work pays tribute to a figure she admires for her compassion and commitment to others.
“For me, art is a space of freedom. It should have no limits. It is a way of opening both your mind and your heart.”
Like many artists, she had to convince those around her that her passion could become a genuine career path.
“At first, my parents believed it would be difficult to make a living from art. Today, they understand that it is possible to build a career while remaining true to your creativity.”
The future also comes to life through the characters imagined by Sophie Quirin, an animation student. Inspired by the worlds of Disney, Pixar and Studio Ghibli, she dedicates her work to character creation and the art of bringing stories to life.
“Animation allows us to convey emotions, create worlds and give life to characters that did not exist before. That is the magic that fascinates me.”
Convinced that Mauritius has the potential to develop a thriving animation and video game industry, she remains optimistic about what lies ahead.
“We have an incredibly rich culture. There is still much to build, but opportunities are beginning to emerge, and young creators have an important role to play in that evolution.”
When Tradition and Innovation Move Forward Together
Beyond the artworks themselves, ArtBeat reveals a generation that refuses to see tradition and innovation as opposing forces. Pencils, paintbrushes, graphic tablets and artificial intelligence become tools serving the same ambition: to tell stories, evoke emotions and offer a unique perspective on the world.
The exhibition also demonstrates that the artistic programmes offered by the Mahatma Gandhi Institute extend far beyond traditional disciplines. They prepare creators capable of thriving in fields as diverse as the cultural industries, communication, design, animation and video game development.
Through these young artists, the pulse of Mauritian creativity can be clearly heard. It is a heartbeat that is diverse, bold and profoundly human. Judging by the works on display at ArtBeat, it is also a heartbeat filled with promise.













