Dans le plus petit village de Maurice, Gokhoola, une enfant se lève chaque jeudi soir au rythme des chansons de cinéma diffusées à la télévision nationale. À peine la movie night de la Mauritius Broadcasting Corporation commence-t-elle que la petite Poonam Jheelan danse, mime et apprend les dialogues par cœur. Elle n’a pas cinq ans lorsqu’elle annonce déjà : « Un jour, vous me verrez à la télévision. »
On lui répond qu’il faut étudier, que « dans notre famille, on ne fait pas ça ». Elle étudiera. Mais le rêve, lui, ne disparaîtra jamais.
Entre deux mondes
Grandir à Maurice, c’est vivre dans la superposition des cultures. À la maison, les chansons de Bollywood et les mélodrames indiens de sa mère. Dans la voiture qui l’emmène à l’école, la musique anglaise choisie par le chauffeur. Entre les deux, une île de temples, d’églises, de langues et d’influences mêlées.
Cette hybridité façonne son identité artistique. « Grâce à la musique et aux différentes cultures, j’ai appris à ressentir avant de comprendre », dit-elle. La musique n’est pas un décor : elle est matrice.
Comme beaucoup de jeunes Mauriciens, Poonam suit pourtant un parcours plus conventionnel. Ses parents souhaitent lui assurer un métier stable. Elle étudie les ressources humaines et le management, puis travaille dans l’hôtellerie de luxe, notamment chez Marriott International à Maurice, dans l’acquisition de talents.
Mais le cinéma reste son plan secret. En 2016, elle part en Inde, intègre une école d’art dramatique, auditionne, danse et apprend. Une année d’immersion qui lui révèle la rigueur et la compétition du métier. Le plan B n’a jamais cessé de respirer sous le plan A.
De Maurice aux plateaux internationaux
Poonam commence très jeune devant les caméras. Dès 14 ans, elle apparaît dans des campagnes publicitaires locales. Puis viennent les productions audiovisuelles et des rôles dans des projets indiens et sud-africains.
Le véritable tournant est sa participation à Kandasamys: The Baby, dans l’univers populaire de la franchise sud-africaine. Le projet est entouré de confidentialité. Elle tourne, se tait, puis découvre, à la sortie, une notoriété nouvelle.
À l’avant-première, elle quitte discrètement la salle, persuadée que personne ne la reconnaîtra. Des familles l’attendent pourtant pour des photos, intriguées par cette actrice venue de Maurice. Elle devient, presque malgré elle, une ambassadrice de son île.
Pour autant, Poonam cultive la discrétion. Ses réseaux sociaux sont privés. « La visibilité n’est pas une question d’exposition, mais d’objectif », affirme-t-elle. La notoriété numérique ne l’intéresse que lorsqu’elle sert un projet.
Habiter le personnage
Poonam se définit avant tout comme une actrice de drame. Elle recherche les nuances émotionnelles, les fractures intimes, les personnages qui obligent à explorer une matière sensible.
Avant un tournage, elle s’isole, écoute de la musique et réécrit son script à la main jusqu’à ce que le personnage commence à vivre en elle. Elle observe les gestes, les silences, la manière de marcher ou de parler. Le rôle doit devenir une seconde nature.
« Le personnage doit devenir mon talent », résume-t-elle.
Aujourd’hui enseignante en art dramatique dans l’Ouest mauricien, elle transmet cette discipline à une nouvelle génération. Le théâtre lui a appris la patience, la rigueur et l’humilité. Enseigner n’est pas tourner le dos à la scène internationale : c’est prolonger son parcours.
Le luxe de la simplicité
Chez Poonam, l’élégance tient moins à l’apparence qu’à l’équilibre. Peu de maquillage, une silhouette maîtrisée, une présence sans ostentation. Son véritable luxe : la confiance, la santé et la sérénité.
Avant de sortir, elle se répète simplement : « Ça va être un bon jour. Je vais faire de mon mieux. » Pour rester centrée, elle danse seule devant son miroir, laissant passer colère, joie ou frustration par le mouvement. La musique classique indienne — Ravi Shankar, Anoushka Shankar, Rishab Sharma, Zakir Hussain — nourrit cet espace intérieur.
Lorsque les projecteurs s’éteignent, elle rentre chez elle, enfile son pyjama et ouvre un livre. Elle aime la fiction, notamment Anita Desai, et cultive la solitude comme un espace de régénération.
Si sa vie devait aujourd’hui porter un titre, ce serait Unfinished.
Non par incomplétude, mais par promesse. Car la petite fille de Gokhoola qui dansait devant la télévision continue d’avancer, entre racines, discipline et lumière, avec cette élégance rare de ceux qui n’ont jamais besoin de parler plus fort pour être vus.
Poonam Jheelan, actress, model and drama teacher : the elegance of silence
In Gokhoola, one of the smallest villages in Mauritius, a little girl gets up every Thursday evening as soon as the songs from the films broadcast on national television begin to play. Movie night on the Mauritius Broadcasting Corporation is a ritual at home. Barely has the music started when young Poonam Jheelan is on her feet, dancing, miming and memorising lines. She is not yet five when she declares: “One day, you will see me on television.”
The answer is familiar: she must study. “We don’t do that in our family.” She studies, indeed. But the dream never disappears.
Between Two Worlds
Growing up in Mauritius means living within a layering of cultures. At home, Bollywood songs and Indian melodramas beloved by her mother. In the car on the way to school, English music chosen by the driver. And all around her, an island of temples, churches, languages and influences woven together.
That cultural diversity becomes part of Poonam’s artistic identity. “Through music and different cultures, I learned to feel before I learned to understand,” she says. Music is not simply a soundtrack to her childhood. It is part of the foundation of who she becomes.
Like many young Mauritians, however, Poonam follows a conventional academic path. Her parents want her to have a secure profession. She studies human resources and management before entering luxury hospitality, including a role with Marriott International in Mauritius, where she works in talent acquisition.
Yet cinema remains quietly alive beneath her professional career. In 2016, she travels to India, joins a drama school, auditions, dances and trains. The experience exposes her to the discipline, technical demands and fierce competition of the acting profession.
The plan B never stopped breathing beneath plan A.
Poonam steps in front of cameras at an early age. At 14, she is already appearing in local advertising campaigns. Her natural photogenic quality and understated presence lead to further opportunities in audiovisual projects and eventually to roles in Indian and South African productions.
From Mauritius to International Sets
Poonam steps in front of cameras at an early age. At 14, she is already appearing in local advertising campaigns. Her natural photogenic quality and understated presence lead to further opportunities in audiovisual projects and eventually to roles in Indian and South African productions.
A major turning point comes with Kandasamys: The Baby, part of the popular South African film franchise. The production is surrounded by confidentiality. She signs, shoots and says nothing. When the film is released, she discovers an unexpected level of recognition.
At the premiere, convinced that nobody will know her, she quietly leaves the theatre. Outside, families are waiting for photographs, fascinated by the actress from Mauritius. For a moment, almost without intending to, Poonam becomes an ambassador for her island.
The experience also makes her reflect on the delicate boundary between visibility and identity.
Making the Character Her Own
Poonam considers herself above all a drama actress. She is drawn to emotional complexity, inner fractures and characters that require her to explore something deeply human.
Her preparation is almost meditative. Before a shoot, she withdraws, listens to music and repeatedly writes out her script by hand until the character begins to inhabit her. She studies gestures, silences, the way a person walks and speaks. The role has to become physical.
“The character has to become my talent,” she says.
Today, Poonam teaches drama at a school in western Mauritius. Teaching has become another form of transmission. Theatre, she says, taught her patience, discipline and humility. Passing that knowledge on does not mean abandoning her international ambitions. It is simply another chapter in the journey.
The Luxury of Simplicity
For Poonam, elegance is less about appearance than balance. Minimal make-up, a controlled silhouette, an effortless presence. Her real luxuries are confidence, health and serenity.
Before stepping out, she repeats a simple mantra: “It’s going to be a good day. I’ll do my best.” Confidence, she explains, was not something she was simply born with. It was built, project by project.
To stay centred, she dances alone in front of her mirror, allowing anger, joy and frustration to find an outlet through movement. Indian classical music — Ravi Shankar, Anoushka Shankar, Rishab Sharma and Zakir Hussain — soothes her, feeds her artistry and helps quiet the mind.
When the lights go out, Poonam goes home, changes into her pyjamas and opens a book. She enjoys fiction, particularly the novels of Anita Desai, and values solitude as a space for renewal.
If her life were to have a title today, it would be Unfinished.
Not because something is missing, but because something is still unfolding. The little girl from Gokhoola who once danced in front of the television has never stopped believing in the stage. Quietly, and with remarkable self-possession, Poonam Jheelan continues to write her own trajectory — one role at a time — balancing roots, discipline and light.













