Au creux des collines verdoyantes du sud-ouest de Maurice, une plantation unique perpétue une tradition discrète mais précieuse : celle du café de terroir. C’est ici, à Chamarel, que Thomas Lehoux, expert français du café installé sur l’île depuis fin 2024, s’est lancé dans un projet ambitieux : faire rayonner un café 100 % mauricien, de l’arbre à la tasse.
« À Chamarel, on est sur la seule plantation commerciale de café de l’île Maurice », explique-t-il dès l’entrée de la visite. L’histoire du café mauricien commence en pointillé : après avoir été abandonnée au profit de la canne à sucre, la culture du café renaît en 1967 avec la plantation des premiers pieds d’Arabica sur les terres de Bel Ombre. Une première récolte est enregistrée en 1970, mais la qualité reste longtemps secondaire. « On cherchait le volume, pas le goût », résume Thomas.
La donne a changé. Aujourd’hui, la plantation couvre 12 hectares et produit un café artisanal de qualité, cultivé sans pesticide et récolté entièrement à la main. Le cœur de la production repose sur le K7, une variété d’arabica originaire du Kenya, connue pour sa résistance et ses arômes fins. Fait rare : ce café pousse à seulement 280 mètres d’altitude. « Il n’existe nulle part ailleurs au monde une plantation d’arabica si basse », souligne Thomas. Le secret ? Un microclimat unique, un sol volcanique acide et un engagement résolu dans l’agroforesterie.
La visite se poursuit dans les rangées touffues où caféiers, bananiers et arbres endémiques cohabitent. Ce choix de culture permet de recréer les conditions naturelles de la jungle éthiopienne, berceau du café. « Les arbres protègent du soleil, du vent, nourrissent le sol et attirent une faune variée », détaille Thomas. La biodiversité devient ici un allié précieux : les oiseaux, en consommant les insectes, permettent d’éviter les pesticides, tandis que les feuilles mortes enrichissent la terre en potassium.
Une année typique à Chamarel voit la floraison des caféiers en novembre, suivie d’une maturation lente des cerises jusqu’à la récolte, de mai à septembre. « C’est un travail de patience et de précision, car chaque branche porte des cerises à maturités différentes », explique Thomas. D’où une cueillette sélective et répétée, toujours à la main, qui garantit un café de spécialité.
Une fois récoltées, les cerises de café passent par différentes étapes : fermentation, séchage, dépulpage, puis torréfaction sur place. De 30 à 40 tonnes de cerises récoltées chaque année, seuls 2 à 3 tonnes de café torréfié sortent des ateliers. Une densité qui reflète l’engagement artisanal du domaine. « Le grain est petit mais concentré. Et comme on dit : il n’y a pas de bon café sans un prix juste », insiste Thomas.
Chamarel abrite également une rareté mondiale : le Liberica. Ce café au goût puissant, originaire de Java, se distingue par ses notes animales et fumées. Longtemps boudé par les marchés occidentaux, il séduit aujourd’hui les amateurs asiatiques et les curieux de saveurs intenses. « Il représente moins de 1 % de la production mondiale, et ici, nous en avons une parcelle », glisse Thomas, presque comme un secret.
L’avenir ? Il est écologique. Compost à base de marcs de café, élimination progressive des intrants chimiques, replantation d’arbres endémiques et essais de nouvelles variétés d’arabica. « On essaie d’anticiper le réchauffement climatique en travaillant sur l’ombrage, l’humidité du sol et la résilience des plantations », dit-il.
Le Coffee Tour de Chamarel, plus qu’une simple visite guidée, est un manifeste en faveur d’un café durable, local et exigeant. Une expérience immersive pour les sens, entre chant des oiseaux, parfums de jasmin et goût du travail bien fait.
T +230 483 4298
E coffeetour@7colouredearth.mu
Chamarel: The Rare Arabica of Mauritius
Nestled in the lush hills of southwestern Mauritius, a unique plantation quietly keeps alive a precious tradition: producing high-quality local coffee. At Chamarel, Thomas Lehoux—a French coffee expert who moved to the island six months ago—has taken on the challenge of crafting a 100% Mauritian coffee, from the tree to the cup.
“Chamarel is home to the only commercial coffee plantation in Mauritius,” he explains as he begins the tour. Coffee cultivation in Mauritius has had a stop-and-start history. After initially being abandoned for sugarcane, it quietly returned in 1967 with new Arabica trees planted on the Bel Ombre estate. The first harvest took place in 1970, but at that time, the focus was more on quantity than quality.
Today, the focus has shifted. The 12-hectare plantation produces artisan coffee, entirely hand-harvested and free of pesticides. The core variety, K7, is a Kenyan-origin Arabica known for its resilience and subtle aroma. “What’s unique is that it grows here at only 280 metres above sea level,” says Thomas. “Nowhere else in the world does Arabica grow this low.” The secret? A special microclimate, volcanic soil, and a deep commitment to agroforestry.
Wandering through the plantation, visitors are struck by the diversity of plant life. Banana trees and endemic species grow among the coffee bushes. “We’re recreating the Ethiopian jungle environment where coffee naturally thrives,” Thomas explains. Trees provide shade, protect from wind, enrich the soil, and attract birds and insects. This biodiversity eliminates the need for pesticides and boosts the health of the ecosystem.
Chamarel’s harvest cycle begins with the blooming of coffee trees in November. Berries then mature slowly until the May–September picking season. “It takes precision and patience,” says Thomas, “since berries on the same branch ripen at different times.” Selective handpicking is key to producing speciality coffee.
After harvesting, the beans are fermented, dried, depulped, and roasted—all on site. From 30–40 tonnes of fresh coffee cherries, only 2–3 tonnes of roasted coffee are produced annually. “It’s a labour-intensive process, but that’s what creates quality. And good coffee always comes at a fair price.”
Chamarel also grows a rare coffee variety: Liberica. With smoky, bold, almost leathery notes, this unique bean is more popular in Asia than in the West. “It accounts for less than 1% of global production, and here we have some,” Thomas says proudly.
The future of the plantation relies on sustainability: composting spent coffee grounds, phasing out chemical inputs, replanting endemic trees, and experimenting with new coffee varieties to face climate change. “By increasing shade and retaining soil moisture, we help our trees cope with rising temperatures.”
The Chamarel Coffee Tour is more than a guided walk—it’s a celebration of slow, sustainable coffee and a uniquely Mauritian terroir. A rare, sensory journey from bean to brew.
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