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Saveurs

Georges Augustin ou la passion du rotin

January 27, 7:29 pm

Le mobilier en rotin est synonyme de l’élégance d’une maison tropicale. Du fauteuil coquille à la lampe de nuit, le rotin est une matière naturelle qui se prête à l’inventivité des artisans vanniers. C’est sans doute ce qui a séduit Georges Augustin qui, depuis plus de quarante ans, fabrique meubles et objets décoratifs qui parent fièrement les maisons et les hôtels d’un cachet à nul autre pareil. Dans son atelier-showroom de Terre Rouge, il nous parle de sa passion qui n’a pas faibli le moins du monde depuis des décennies et qu’il transmet aux jeunes qui veulent bien suivre sa voie.

 

La rencontre de Georges Augustin avec le rotin remonte à 1975. La situation économique de Maurice, alors une jeune nation indépendante depuis seulement sept ans, est catastrophique. Le premier choc pétrolier de 1973 n’arrange guère la situation et le chômage bat son plein. Le jeune Georges qui vient de terminer ses études secondaires se trouve sur le marché de l’emploi. C’est alors qu’un ami lui parle d’une compagnie réunionnaise installée à Grande Rivière qui fabrique des meubles en rotin. Georges accepte de l’y accompagner et d’y travailler en attendant de trouver une meilleure situation. Mais ce sera le coup de foudre car Georges est absolument séduit par le côté créatif du métier.

Débutant comme manœuvre, il est affecté au nettoyage et au polissage, mais il ne tarde pas à se faire remarquer par le patron, et petit à petit il apprend à chauffer le rotin et à effectuer le tournage sur des moules. En l’espace de deux à trois semaines, il maîtrise déjà l’art du rotin. « À l’époque, on fabriquait tous les meubles imaginables : chaises, fauteuils, tables… exclusivement pour l’exportation vers la France. Le design était très novateur car on ne trouvait pas ces modèles  de meubles sur le marché local, où c’était resté plutôt basique », explique-t-il. Bref, toutes les conditions étaient réunies pour séduire le jeune apprenti.

Le goût de l’aventure

 

Pourtant Georges, comme beaucoup d’autres jeunes à l’époque, cède aux chants des sirènes et veut chercher ailleurs. Il ira ainsi à La Réunion mais l’aventure est de brève durée. Il revient en 1982 et finit par renouer avec son premier amour, le rotin. Il trouve du travail chez Yee Cheong à Beau Bassin, un pionnier dans le domaine à Maurice. Il ne quittera plus jamais ce métier. Après un bref passage chez un autre fabricant, Vettex, il ne tarde pas à se mettre à son compte en 1985 et s’installe à Terre Rouge.

Une décision prise par le goût de l’aventure sans vraiment mesurer les risques. Du temps où il travaillait comme employé, Georges prenait également des commandes personnelles pour des particuliers à ses heures perdues, ce qui lui a permis de mettre un peu d’argent de côté. Il se lance donc avec deux camarades de chez Vettex, dont Sylvio Bontemps qui est toujours à ses côtés. Les emplacements en ville n’étant pas donnés, il accepte l’humble offre d’un certain M. Meunier, dont il avait épousé la nièce entre-temps, pour un local sur la route principale de Terre Rouge, à côté de sa boutique. Il n’en bougera plus.

L’atelier Meunier était né et Georges et ses camarades commencent à fabriquer chaises et fauteuils, puis petit à petit élargit sa gamme en proposant des tables, des lits, des berceaux et bien d’autres éléments, en s’ajustant à la demande de plus en plus diversifiée des clients. Les hôtels, en nombre croissant d’année en année dans le Nord, ainsi que des étrangers de passage, s’intéressent énormément à son travail.

« C’était vraiment une belle époque. Aujourd’hui, comme il est plus facile de trouver ce genre de meubles en Europe, la demande a considérablement diminué. La clientèle est surtout locale, très fidèle, souvent des gens dont les parents ou les grands-parents ont déjà acheté nos meubles ».

Amour et patience

L’atelier du vannier se constitue d’une douzaine d’ouvriers divisés en trois groupes. La première équipe est composée des monteurs de cadre qui forgent la structure originelle des meubles, la deuxième fait l’habillage et la dernière, le vernissage ou la peinture. Ici pas d’outillage électrique, tout se fait à la main avec des outils de base –  sécateur,  scie,  marteau, maillet et chalumeau.

La fabrication d’un meuble peut durer entre deux ou trois jours. Cela commence par le chauffage du rotin, un processus minutieux qui consiste à rendre au matériau la souplesse nécessaire pour le travailler sans le brûler. Cette technique permet « de détendre les fibres, et l’on sent les forces et les faiblesses de la matière ». Cela évite ainsi la rupture lors du pliage pour obtenir le galbe parfait à l’aide d’un gourgourie. « La solidité du rotin et sa grande souplesse permettent d’obtenir des formes très variées, parfois même très complexes. Ce qui permet de créer des meubles entièrement sur mesure et de s’adapter à n’importe quel intérieur ».

Quand la structure de base est terminée, les habilleurs prennent le relais en veillant à la solidité des ligatures durant le nattage ou le tressage qui doit être serré et précis. Ils utilisent alors l’osier, la paille ou la moelle de rotin. Enfin, entrent en scène les vernisseurs pour donner la touche finale selon les désirs des clients – laqués, vernis ou peints. Il ne reste plus qu’à livrer.

Pour Georges, tout cela est une pure histoire d’amour et de patience qu’il livre fièrement au client. Sa satisfaction c’est de voir à quel point sa passion rend les gens heureux, que ce soit dans le confort de leur maison ou le luxe d’un grand hôtel.

 

Infos: 248 0111

The passion of Georges Augustin for rattan

Rattan furniture is synonymous of the elegance of a tropical home. From the shell armchair to the night lamp, rattan is a natural material which suits perfectly the inventiveness of artisanal basket weavers. This is undoubtedly what attracted Georges Augustin who, for more than forty years, has been making furniture and decorative objects which proudly bedeck homes and hotels with a cachet second to none. In his atelier showroom in Terre Rouge, he tells us about his passion, which has not wavered in the slightest for decades and which he passes on to young people willing to follow his path.

Georges Augustin’s encounter with rattan dates back to 1975. The economic situation in Mauritius, a then young independent nation only seven years old, was disastrous. The first oil crisis of 1973 had not made things any better and unemployment was in full swing. Young George, who had just finished college, was searching for a job, when he met this friend of his who told him about a Reunionese company based in Grande Rivière which made rattan furniture. Georges agreed to start working there until he could find a better job. But it was love at first sight because Georges was totally seduced by the creative aspect of this trade.

Starting out as a labourer, he did the cleaning and polishing but it did not take long before the boss noticed his interest, and little by little he learned how to heat the rattan and proceeded with the turning using a mould. Within two or three weeks Georges already picked up the skills to master the art of rattan. « That was a time when we were making every kind of furniture you could imagine: chairs, armchairs, tables… exclusively for exportation to France. The design was very innovative and you couldn’t find this type of furniture on the local market where it remained rather basic, » he explains. In short, there were all the conditions to entice the young apprentice.

A taste for adventure

However, Georges, like many other young people at that time, yielded to the siren’s call and went to seek elsewhere. He went to Reunion Island but the adventure did not last long and on his return in 1982, he ended up renewing with his first love, rattan. He joined Yee Cheong in Beau Bassin, a pioneer in the rattan industry in Mauritius. Georges never left the business after that. He briefly worked for another manufacturer, Vettex, before he set up his own business in 1985 and settled in Terre Rouge.

This decision was made out of his taste for adventure without any actual risk calculation. At the time he was working for others, Georges also took some personal orders for individual clients in his spare time, which allowed him to save a little money. So, he launched the business with two friends from Vettex, including Sylvio Bontemps who is still his partner in business. As it was expensive to find a location in town, he accepted the humble offer of one Mr. Meunier, whose niece he had married in the meantime, to hire a workshop on the main road of Terre Rouge, next to his shop. He has never moved from there since.

This is how the Meunier workshop was born and Georges and his friends began making chairs and armchairs, then gradually expanded their range of products by offering tables, beds, cradles and other items and adapted to the more and more diversified demand of customers. Not only the hotels which were increasing in number in the North, but also foreigners who were visiting, were greatly interested in his work.

“It was a great time. Today, as it is easier to find this kind of furniture in Europe, the demand has decreased significantly. The clientele is mainly local, very loyal, often people whose parents or grandparents have bought our furniture before”.

Love and patience

The rattan workshop consists of a dozen workers divided into three teams. The first is made up of frame builders who create the structure of the furniture, the second takes care of the dressing and the last does the varnishing or painting. There is no electrical equipment here; everything is done by hand using basic tools such as secateurs, handsaws, hammers, mallets, and a blowtorch.

A piece of furniture may require two to three days to produce. The first phase consists of heating the rattan, a meticulous process that renders it soft enough to work with, without burning it. As the « fibers become more relax, one can feel its strengths and weaknesses”. This stage thus avoids breakage when bending it into the ideal shape with a gourgourie. « Its strength and exceptional flexibility make it possible to obtain a large variety of shapes, sometimes even very complex ones. As a result, furniture can be fully customized and therefore tailored to fit any interior.

Once the basic framework is completed, the second team uses wicker, straw, and rattan pith to braid the bindings tightly and precisely in order to ensure their solidity.

Finally, the last part is left to the varnishing team who will give the final touch before delivery, according to the customers’ tastes: lacquered, varnished or painted.

For Georges, everything revolves around this love and patience which he delivers to the customer with the satisfaction of seeing his passion make people happy, whether in the comfort of their home or that of a luxury hotel.

Info : 248 0111

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