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Devi Gokhool : 35 ans d’une vie au Sofitel, hôtel, école et maison

Devi mesure combien l’hôtellerie a changé. La technologie a bouleversé les habitudes, les clients recherchent davantage de modernité et les rythmes sont devenus beaucoup plus rapides. Mais elle estime que certaines choses ne devraient jamais disparaître : le sourire, la patience, l’attention au détail et le sentiment de faire partie d’une équipe.

Quand Devi Gokhool arrive au Sofitel Mauritius L’Impérial Resort & Spa en 1991, l’hôtel n’est pas encore ouvert. Il n’y a pas encore de clients, les cuisines ne sont pas opérationnelles et plusieurs départements sont encore en formation. Pour les futurs employés, le chantier devient leur première école.

Devi a alors 27 ans. Après des études de secrétariat et une expérience dans un vidéoclub familial, elle découvre une annonce dans le journal. Elle postule et obtient un poste dans les boutiques.

Elle ne pouvait pas encore savoir que ce choix allait l’accompagner pendant les 35 années suivantes.

Apprendre l’hôtel avant même son ouverture

Les premiers mois ont quelque chose d’assez particulier. Les employés sont formés dans les chambres alors que le chantier continue autour d’eux. Le samedi, les formations sont complétées par des tests, mais aussi par des moments plus informels : jeux sur la plage, déjeuner organisé pour les équipes et découverte progressive de leur futur environnement de travail. Pour Devi, cette période reste associée à une forme d’aventure collective.

Avant l’ouverture officielle, certains employés issus de différents départements ont même l’occasion de passer une nuit dans l’hôtel. Il s’agit de tester le « produit », mais aussi de se mettre à la place du client. Une expérience inédite pour ces jeunes employés qui découvrent leur futur lieu de travail autrement.

Autour de l’hôtel, le paysage est encore très différent de celui que l’on connaît aujourd’hui. La route est difficile, pleine de nids-de-poule, et la région apparaît presque désertique. La Pirogue est là, mais le reste de la côte Ouest est encore largement à construire. Puis vient l’ouverture. Et avec elle, un univers nouveau.

Des boutiques au contrôle financier

Devi commence dans les boutiques, à une époque où tout se fait encore manuellement. Les ventes sont inscrites dans des livres, la facturation n’est pas informatisée et le métier repose beaucoup sur la rigueur quotidienne.

Elle se souvient aussi des uniformes particulièrement soignés de l’époque, dessinés par Kat Colomba. Chemisiers, couleurs vives, motifs et perroquet coloré : l’uniforme participe pleinement à l’image de l’hôtel.

Au fil des années, sa carrière évolue. Un directeurlui donne notamment l’occasion de devenir responsable des boutiques. Plus tard, elle découvre d’autres responsabilités et rejoint progressivement la finance.

Cette évolution professionnelle constitue l’une des grandes fiertés de son parcours. De la relation directe avec les clients à la rigueur du contrôle, Devi a changé de métier sans véritablement changer de maison. « J’ai tout appris ici », résume-t-elle. L’hôtel lui a aussi permis de grandir personnellement. Très timide lorsqu’elle y entre, elle gagne progressivement en assurance et en responsabilités.

Quand le travail devient une histoire personnelle

Au Sofitel, sa vie professionnelle devient aussi sa vie personnelle. C’est ici qu’elle rencontre celui qui deviendra son mari. Ils se rencontrent pendant leur formation, au tout début de leur aventure commune. Trois ans plus tard, ils se marient.

L’histoire n’est pas exceptionnelle dans un hôtel où les liens entre collègues dépassent souvent le cadre professionnel. Devi parle de collègues devenus des amis, de familles qu’elle a vues évoluer et d’enfants de salariés qu’elle a connus bébés et qu’elle retrouve aujourd’hui adultes.

Certains clients ont eux aussi franchi cette frontière. Elle évoque notamment une cliente britannique qui, avec son mari, est devenue une véritable amie de la famille. Elle et son mari ont même été invités en Angleterre pendant un mois. D’autres clients français les ont reçus chez eux lors de séjours en France. C’est cette dimension humaine qu’elle associe à l’identité de l’hôtel.

Une carrière qui continue de regarder vers l’avenir

Devi mesure aussi combien l’hôtellerie a changé. La technologie a bouleversé les habitudes, les clients recherchent davantage de modernité et les rythmes sont devenus beaucoup plus rapides. Mais elle estime que certaines choses ne devraient jamais disparaître : le sourire, la patience, l’attention au détail et le sentiment de faire partie d’une équipe.

Elle observe aussi avec lucidité les nouvelles générations, qu’elle juge parfois plus impatientes. Pour elle, la transmission devient donc essentielle. Les anciens doivent accompagner les jeunes, leur expliquer les exigences du métier et leur apprendre que tout ne s’obtient pas immédiatement.

Après 35 ans, Devi ne se définit pas par la nostalgie. Elle sait que la retraite approche et qu’une nouvelle vie commencera alors. Elle veut continuer à avoir des projets, pratiquer le sport et regarder vers l’avenir.

Mais une chose restera : cette certitude que le Sofitel lui a donné bien plus qu’un emploi. Il lui a donné une carrière, des responsabilités, des amitiés, un mari et, surtout, la confiance nécessaire pour devenir celle qu’elle est aujourd’hui.

Devi Gokhool: 35 years of a life at the Sofitel – hotel, school and home

When Devi Gokhool arrived at the Sofitel Mauritius L’Impérial Resort & Spa in 1991, the hotel had not yet opened. There were no guests yet, the kitchens were not up and running, and several departments were still being set up. For the future staff, the building site became their first training ground.
Devi was 30 at the time. After studying secretarial work and gaining experience in a family-run video hire shop, she came across a job advert in the newspaper. She applied and secured a position in the shops.
She could not have known then that this choice would shape the next 35 years of her life.


Learning the ropes at the hotel even before it opened


The first few months were rather unusual. Staff were trained in the guest rooms whilst construction work continued all around them. On Saturdays, the training sessions were complemented by tests, but also by more informal activities: games on the beach, team lunches and a gradual introduction to their future working environment. For Devi, this period remains associated with a sense of collective adventure.
Before the official opening, some staff from various departments even had the chance to spend a night in the hotel. The aim was to test the ‘product’, but also to put themselves in the guest’s shoes. It was a unique experience for these young staff members, who got to discover their future workplace in a different way.
Around the hotel, the landscape was still very different from what we see today. The road is rough, full of potholes, and the region appears almost desert-like. La Pirogue is there, but the rest of the west coast is still largely undeveloped. Then comes the opening. And with it, a whole new world.


From the shops to financial control


Devi started out in the shops, at a time when everything was still done by hand. Sales were recorded in ledgers, invoicing wasn’t computerised, and the job relied heavily on meticulous daily attention to detail.
She also recalls the particularly smart uniforms of the time, designed by Kat Colomba. Blouses, bright colours, patterns and a colourful parrot: the uniform played a key part in the hotel’s image.
Over the years, her career evolved. One manager, in particular, gave her the opportunity to become head of the shops. Later, she took on further responsibilities and gradually moved into finance.
This professional development is one of the things she is most proud of in her career. From direct contact with guests to the rigour of financial control, Devi changed roles without really leaving the company. “I learnt everything here,” she sums up. The hotel has also enabled her to grow personally. Very shy when she first joined, she gradually gained confidence and took on more responsibilities.

 


When work becomes a personal story


At the Sofitel, her professional life also became her personal life. It was here that she met the man who would become her husband. They met during their training, right at the start of their journey together. Three years later, they got married.
This story is not unusual in a hotel where bonds between colleagues often extend beyond the professional sphere. Devi speaks of colleagues who have become friends, of families she has seen grow up, and of employees’ children whom she knew as babies and now sees as adults.
Some guests have also crossed that line. In particular, she mentions a British guest who, along with her husband, has become a true friend of the family. She and her husband were even invited to stay in England for a month. Other French guests have welcomed them into their homes during their stays in France. It is this human dimension that she associates with the hotel’s identity.


A career that continues to look to the future


Devi also recognises just how much the hospitality industry has changed. Technology has revolutionised habits, guests are seeking greater modernity, and the pace of life has become much faster. But she believes that certain things should never disappear: a smile, patience, attention to detail and the sense of being part of a team.
She also observes the younger generations with a clear eye, sometimes finding them more impatient. For her, passing on knowledge is therefore essential. Those with experience must support the younger staff, explain the demands of the job to them and teach them that not everything can be achieved straight away.
After 35 years, Devi does not define herself through nostalgia. She knows that retirement is approaching and that a new chapter in her life will then begin. She wants to continue having projects, keeping fit and looking to the future.
But one thing will remain: the certainty that Sofitel has given her far more than just a job. It has given her a career, responsibilities, friendships, a husband and, above all, the confidence needed to become the person she is today.

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