Avec Chronique d’un royaume perdu, l’écrivaine mauricienne signe une vaste fresque où l’histoire de Maurice se transforme en mythe. Son roman qui figurait parmi les dix finalistes du Prix littéraire Le Monde 2026 est également parmi les 16 romans sélectionnés pour le Goncourt 2026.
Il y a quelque chose de profondément mauricien dans cette sélection. Pour sa 14e édition, le Prix littéraire Le Monde vient de retenir Chronique d’un royaume perdu, le nouveau roman d’Ananda Devi, publié chez Grasset. Une reconnaissance qui place une nouvelle fois la littérature mauricienne au cœur de la rentrée littéraire française.
Un royaume né de l’exil
Pour le Goncourt, dont le lauréat sera annoncé le 3 novembre 2026, 16 romans sont en lice : : « Minotaure », par Boris Bergmann (Albin Michel) « Faire la peau », par Louise Chennevière (P.O.L), « Chronique d’un royaume perdu », par Ananda Devi (Grasset), « Le fabuleux piano », par Sonia Devillers, (Robert Laffont), « Nous aussi », par Anne Godard (Actes Sud), « Joseph dans la nuit », par Olivier Grondeau (L’Iconoclaste), « La solitude des professeurs est infinie », par Yannick Haenel (Gallimard), « JE », par Lilia Hassaine (Gallimard), L’inconnue du Quai de Javel », par Philippe Jaenada (Flammarion), « Une forêt », par Jean-Yves Jouannais (Albin Michel), « N’efface pas mes cercles », par Emma Marsantes (Verdier), « Choses que je croyais perdues », par Clémentine Mélois (L’Arbalète/Gallimard), « C’était ça ou mourir », par Thélyson Orélien (Grasset), « De l’autre côté du lac », par Sylvain Prudhomme (Minuit), « La Guerre éternelle », par Olivier Rolin (Gallimard) et « Bataille au procès », par Patrice Trigano (Maurice Nadeau).
Dans Chronique d’un royaume perdu, Ananda Devi imagine les origines d’un territoire qui ressemble à Maurice sans jamais vouloir en raconter l’histoire de manière strictement documentaire. Tout commence au XIXe siècle, sur une plantation sucrière, avec une relation interdite entre Madame Dumontais, épouse du propriétaire blanc, et le Vieux Bouc, un ancien esclave africain.
De cette histoire naît une descendance métissée. Cinq enfants, issus de deux lignées que tout semble séparer, sont finalement bannis de la propriété. Ils prennent la route vers le sud-est de l’île et découvrent, au terme d’une traversée presque initiatique, un lieu protégé par la forêt et la mer : Le Bouchon.
Ils en feront leur royaume.
Sur plusieurs générations, le village devient un espace hors du temps où se brouillent les frontières entre passé et présent, entre les vivants et les morts, entre le réel et le fantastique. Malédictions, passions, violences, fantômes, visions et renaissances s’y mêlent tandis que l’histoire du monde vient progressivement rencontrer celle de cette microsociété.
Pour Le Monde des livres, il s’agit du roman « le plus ambitieux » de l’écrivaine, le seul à embrasser une période aussi longue et à réunir autant de personnages. Le quotidien souligne également la dimension épique du récit, nourri de mythologies occidentales et orientales et construit sur un siècle et plusieurs générations.
Pour Ananda Devi, Le Bouchon est à la fois un lieu de résistance et de renaissance. Son roman devient ainsi une réflexion sur les origines de Maurice, mais aussi sur les fractures de la société contemporaine. Elle réinvente une genèse qui ne commence pas avec la colonisation mais cherche, dans le mythe, une origine commune aux différentes communautés de l’île.
Une œuvre mauricienne devenue universelle
Née à Maurice en 1957 dans une famille d’origine indienne, Ananda Devi est ethnologue, traductrice, poète et romancière. Elle écrit en français depuis ses débuts et construit depuis près d’un demi-siècle une œuvre d’une trentaine de romans, récits, recueils de nouvelles et de poésie.
Son rapport à Maurice demeure au cœur de cette œuvre. De Rue la Poudrière à Ève de ses décombres, puis Le Sari vert, Manger l’autre, Le Rire des déesses et Le Jour des caméléons, l’écrivaine explore les corps, les violences, les fractures sociales, les identités et les frontières qui séparent les êtres.
Son parcours littéraire est jalonné de distinctions majeures. Ève de ses décombres lui a valu en 2006 le Prix des cinq continents de la Francophonie et le Prix RFO du livre. Elle a ensuite reçu le prix Louis-Guilloux, le Prix Femina des lycéens pour Le Rire des déesses, puis le Prix de la langue française en 2023. En 2024, le prestigieux prix Neustadt lui a été attribué pour l’ensemble de son œuvre. L’Académie française lui avait également décerné, en 2014, le Prix du Rayonnement de la langue et de la littérature françaises.
Avec Chronique d’un royaume perdu, Ananda Devi revient donc à son île natale pour en faire davantage qu’un décor : un personnage, une mémoire et presque une cosmogonie.
« Le Bouchon », dit-elle, est un lieu de résistance, mais aussi de renaissance. Une manière de rappeler que même dans les temps les plus sombres, une autre histoire reste possible.
Et c’est peut-être là que réside la force de ce roman : en réinventant Maurice, Ananda Devi parle finalement de nous tous.
Ananda Devi shortlisted for the 2026 Prix littéraire Le Monde
With Chronique d’un royaume perdu, the Mauritian writer delivers an ambitious saga in which the history of Mauritius is transformed into myth. Her novel who was among the ten finalists for the 2026 Prix littéraire Le Monde, with the winner to be announced on 3 September and also amongst the 16 finalists of teh Goncourt, scheduled one month later.
There is something deeply Mauritian about this selection. For its 14th edition, the Prix littéraire Le Monde has shortlisted Chronique d’un royaume perdu, Ananda Devi’s latest novel, published by Grasset. The recognition once again places Mauritian literature firmly at the heart of the French literary season.
A kingdom born of exile
For the Prix Goncourt, whose winner will be announced on 3 November 2026, 16 novels are still in the running:
Minotaure, by Boris Bergmann (Albin Michel)
Faire la peau, by Louise Chennevière (P.O.L)
Chronique d’un royaume perdu, by Ananda Devi (Grasset)
Le fabuleux piano, by Sonia Devillers (Robert Laffont)
Nous aussi, by Anne Godard (Actes Sud)
Joseph dans la nuit, by Olivier Grondeau (L’Iconoclaste)
La solitude des professeurs est infinie, by Yannick Haenel (Gallimard)
JE, by Lilia Hassaine (Gallimard)
L’inconnue du Quai de Javel, by Philippe Jaenada (Flammarion)
Une forêt, by Jean-Yves Jouannais (Albin Michel)
N’efface pas mes cercles, by Emma Marsantes (Verdier)
Choses que je croyais perdues, by Clémentine Mélois (L’Arbalète/Gallimard)
C’était ça ou mourir, by Thélyson Orélien (Grasset)
De l’autre côté du lac, by Sylvain Prudhomme (Minuit)
La Guerre éternelle, by Olivier Rolin (Gallimard)
Bataille au procès, by Patrice Trigano (Maurice Nadeau).
In Chronique d’un royaume perdu, Ananda Devi imagines the origins of a territory that unmistakably evokes Mauritius, while deliberately moving beyond the boundaries of historical fiction. The story begins in the 19th century on a sugar estate, with a forbidden relationship between Madame Dumontais, the wife of a white plantation owner, and the Vieux Bouc, a former African slave.
Their relationship gives rise to a mixed-race lineage. Five children, born of two families that appear to have nothing in common, are eventually banished from the estate. They set off towards the south-east of the island and, after crossing an almost impenetrable forest, discover a place protected by both forest and sea: Le Bouchon.
They make it their kingdom.
Across several generations, the village becomes a place outside time, where the boundaries between past and present, the living and the dead, reality and fantasy begin to dissolve. Curses, passions, violence, ghosts, visions and rebirths intertwine, while the history of the wider world gradually encounters the history of this extraordinary microcosm.
For Le Monde des livres, this is the writer’s “most ambitious” novel, the only one to span such a long period and bring together such a large cast of characters.
For Ananda Devi, Le Bouchon is both a place of resistance and a place of rebirth. Her novel is therefore not simply a reflection on the origins of Mauritius, but also on the fractures of contemporary society. Through myth, she reimagines a genesis that does not begin with colonisation, but seeks a shared origin among the island’s different communities.
A Mauritian work with universal resonance
Born in Mauritius in 1957 into a family of Indian origin, Ananda Devi is an ethnologist, translator, poet and novelist. Writing in French since the beginning of her literary career, she has built an extensive body of work comprising around thirty novels, short-story collections, works of poetry and other writings.
Her relationship with Mauritius remains central to her work. From Rue la Poudrière to Ève de ses décombres, followed by Le Sari vert, Manger l’autre, Le Rire des déesses and Le Jour des caméléons, she has explored the body, violence, social fractures, identity and the boundaries that divide people.
Her literary career has been marked by major distinctions. Ève de ses décombres won the Prix des cinq continents de la Francophonie and the Prix RFO du livre in 2006. She later received the Prix Louis-Guilloux and the Prix Femina des lycéens for Le Rire des déesses, followed by the Prix de la langue française in 2023. In 2024, she was awarded the prestigious Neustadt International Prize for Literature for her body of work. The Académie française also honoured her in 2014 with the Prix du Rayonnement de la langue et de la littérature françaises.
With Chronique d’un royaume perdu, Ananda Devi therefore returns to her native island to make it more than a setting: it becomes a character, a memory and almost a cosmogony.
Le Bouchon, she says, is a place of resistance, but also of rebirth. A reminder that even in the darkest times, another story remains possible.
And perhaps that is where the novel’s greatest strength lies: by reinventing Mauritius, Ananda Devi ultimately speaks to something universal.













